91. loquèle

LOQUÈLE. Mot qui a fait ma journée [comme le disent si bien les bonobos à lunettes]. Inutile de chercher dans les dictionnaires ordinaires, la loquèle n'y est pas.

Mais dans mon vieux Littré, oui. Gniac, gniac.

Littré note que « lo-kuê-l' » origine du latin loquela. Que le substantif est féminin et qu'il signifie : « Facilité à parler d'une façon commune. » Comme dans : « Il a de la loquèle. » Jamais entendu ça !

Et ça s'arrête là ?

Bien sûr que non. Parce que, en feuilletant les Fragments d'un discours amoureux *, j'ai retrouvé la loquèle qui m'attendait sagement à la page 191.

Roland Barthes lui a donné une toute autre vie en lui consacrant deux pages et demie. Et il écrit ceci en guise de définition :

LOQUÈLE. Ce mot, emprunté à Ignace de Loyola, désigne le flux de paroles à travers lequel le sujet argumente inlassablement dans sa tête les effets d'une blessure ou les conséquences d'une conduite : forme emphatique du « discourir » amoureux.

Je serais tentée de recopier la suite. Parce que c'est dans ce court texte de Barthes que le voile se lève peu à peu sur la loquèle, en passant par Schubert, les Grecs, Muller, Bettelheim, Humboldt, Werther, et Hugo (Pierres, 150) : « À vingt ans, dit Mme Desbordes-Valmores, des peines profondes me forcèrent de renoncer au chant, parce que ma voix me faisait pleurer. »

Me contenterai de relire tranquillement une fois ou deux avant d'aller dormir.

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BARTHES, Roland. Fragments d'un discours amoureux. Paris, Éditions du Seuil, Collection "Tel Quel", 1977. 281 pages.