84. aria

Mot du jour, premier argument : je dois tomber dessus par hasard. Ou l'inverse : il doit impérativement me tomber dessus par hasard et, deuxième argument : réussir à m'intéresser.

Comment je l'ai découvert, celui d'aujourd'hui ? En fouillant dans mes notes de cours [bac ou maîtrise en création littéraire à l'UQAM, sont toutes mélangées], un petit papier carré rose foncé avec le mot et ses différentes définitions notés dessus est tombé par terre, juste devant mes pieds. J'ai lu « ARIA, n. m. (Québec)... ». Par ici, chéri !

Pourquoi je fouillais dans ces vieux papiers ? Pour tout vous dire, c'est en mangeant mes toasts au beurre de peanut - bananes tranchées en garniture -, que tout a commencé. J'échafaudais mentalement, comme je le fais souvent sans que cela ne mène nulle part, le début d'une page de journal portant sur quelques états d'âme tourmentés et, j'ose le mot, quasiment dépressifs qui pourrissent mes jours et mes nuits ces derniers temps. Oui, mais quel rapport avec tes notes de cours, me direz-vous ? Patience, j'y arrive bientôt. J'ai pas vraiment envie de faire une introduction de trois pages pour une définition de trois lignes.

J'aborde un sujet délicat, difficile. Il se trouve que, si je m'autorisais à révéler l'ampleur de mes noirceurs, je devrais en même temps répondre à un deuxième pourquoi. 

Pourquoi me retrouve-je dans cet aria, à plat et abattue ? Je ne répondrai pas à cette question aujourd'hui, puisqu'il me faut faire de la place au mot du jour. 

Ainsi, je réfléchissais et j'avais pu établir un lien entre mon « état » actuel et l'écriture. J'avais à l'esprit, et envie de les relire, les notes du cours « Aspects et problèmes de la création littéraire ». C'était là. Dans ce cours, le prof. [le plus que lumineux René Lapierre] proposait une réflexion sur les conditions du travail créateur, les enjeux et exigences de l'écriture. Et l'objet de ma recherche matinale venait précisément d'une partie de l'introduction théorique de ce cours, les cinq phases du travail créateur [Didier Anzieu : Le corps de l'oeuvre] :

  1. Éprouver un état de saisissement
  2. Découvrir un représentant psychique
  3. Trouver le code organisateur de l'oeuvre et lui faire prendre forme dans un matériau
  4. Agencer les différents matériaux : la composition
  5. Présenter l'oeuvre, la produire au dehors

Je suis très tentée de copier mes notes pour expliquer chacune des phases. Je passe mon tour, ça serait trop long. Je vous laisse saliver de loin [quoique, si quelqu'un m'écrit pour le demander, je les écrirai avec grand plaisir].

Un ange passe. 

Pour faire court, disons que, sans considérer la théorie d'Anzieu comme une loi de la nature, biblique et bénite, je la trouve fort intéressante puisque je traverse l'une de ces étapes, peut-être la plus éprouvante, celle qui dérange plus que les autres, celle qui soulève des résistances plus farouches encore. Celle qui demande séparation, rupture et encore rupture. Je laisse volontairement planer le mystère et deviner laquelle. Et mon aria dans tout ça ?

L'aria, au masculin, c'est [je recopie ici mes notes du petit papier rose foncé] :

  1. le bruit, les mouvements désordonnés, comme quand on dit : « Quel aria, on s'entend même plus parler ! » Au sens figuré l'aria est une situation embrouillée.
  2. une complication, une contrariété, une entreprise difficile, comme dans : « C'est tout un aria pour se chercher un emploi éditeur ! »
  3. un ensemble d'objets que l'on transporte avec soi, tout son barda, son attirail.
  4. une personne pénible, peu intéressante.

L'aria, au féminin, c'est beaucoup plus joli. Je l'avais écrit au verso du carré rose :

  • Une aria c'est un air, une mélodie, accompagné par quelques instruments ou un seul.
  • Une aria de Bach.
  • Des arias de Bach.

[honte sur moi, comme disent les anglais, j'avais même pas noté dans quel dictionnaire j'ai pris ça]