61. ariane, ma soeur [1]

Voici la toute belle autant que tragédique Phaedra [formerly known as Phèdre], telle que vue et mise en tableau par le peintre français Alexandre Cabanel, vers 1880, si nos sources sont fiables. Sources : wikipedia et wikimedia commons.

Pourquoi je m'intéressais à Phèdre aujourd'hui ? Longue histoire que je tâcherai d'éclaircir sans trop m'étendre sur le divan.


Voilà que j'ai encore mis ça sur le dos d'ariane, et j'ai mes raisons. Eh oui, encore elle ! J'avoue que je ne suis jamais vraiment arrivée à me débarrasser de ce personnage collant puisque, à l'époque, ce roman dont elle était la protagoniste qui écrivait son journal en ligne [entre autres choses] n'a pas été publié parce qu'il n'a pas trouvé d'éditeur [faut dire que j'ai pas beaucoup cherché non plus, héhé]. Or et donc [;-)] ce personnage me colle après et revient périodiquement me hanter depuis toutes ces années. C'est à cause d'elle, mon Ariane Fabre, que ce journal a commencé par un matin froid et venteux de septembre, en l'an 2000. Le ou la zigouiller ne réglerait rien. Autant continuer pour dire que notre chère et tragique Phèdre était la petite soeur d'Ariane. Pauvre elle. Hier, en relisant pour la énième fois Ébauches de vertige, j'ai noté trois extraits [deux de plus pour le journal, le premier et le plus « dangereux », je le garde en réserve, pour moi] : « Un livre léger et irrespirable, qui serait à la limite de tout, et ne s'adresserait à personne. » J'adore. Et : « Est sûrement mauvais l'auteur qui prétend écrire pour la postérité. On ne doit pas savoir pour qui on écrit. » Right. Mais tout dépend de ce qu'on entend pas « écrire ». Cela ne s'applique probablement pas à l'écriture d'un blog ou d'un journal en ligne puisque les lecteurs, on finit pas les connaître tous [ou presque]. Sauf qu'on ne connaît jamais vraiment les autres. On ne sait pas davantage s'ils lisent toujours ou pas, enfin il serait bien prétentieux de croire qu'une personne qui vous a écrit quelques fois qu'elle lisait votre blog/journal continuera toujours de le faire et de se mettre à écrire juste pour elle et ceux qui se manifestent pour vous dire qu'ils vous lisent et caetera. Et si elle meurt, et s'ils meurent tous, vous écrirez pour qui ? Et les autres alors, ceux qui vous lisent sans le dire et que vous ne connaissez pas ? Et s'il arrivait que votre blog/journal ne soit lu que dans une génération ou deux, vous aurez passé votre temps à écrire pour vos connaissances du présent, - et ceux de demain ne vous le pardonneront peut-être pas. Et vice versa ? C'est tellement plus compliqué et il vaut sans doute mieux ne pas savoir pour qui on écrit. Cioran a raison, un bon auteur ne doit pas savoir.  

Quoi qu'il en soit, la maison étant à peu près installée et organisée convenablement afin de me permettre de « fonctionner » au quotidien comme dormir dans des draps propres, porter autre chose que mon vieux [blue] jean déformé et mes t-shirts noirs délavés et surtout manger autre chose que des sandwichs et des restants de mets chinois pour quatre commandés avec une seule paire de baguettes, je peux enfin m'installer pour de bon devant mon ordi pour écrire pour vrai et pas juste pour bidouiller dans les codes xhtml, css et compagnie enfin merde même si j'aime ça parce que justement c'est le seul truc vivant de la vraie de vraie vie qui arrive à me déromantiser jusqu'au trognon. Cela dit, j'ai repris hier mon roman à la page 1, avec le désir ultime de régler une fois pour toutes la question du nom. C'est à moi et rien qu'à moi qu'il appartient de dénouer cette question-là afin d'arriver à écrire ou plutôt récrire convenablement les dernières pages, et poser le point final, le mot fin. Et c'est pour ça que je crie à Ariane Fabre de me laisser tranquille. Fiche moi la paix. Va voir ailleurs si j'y suis. Lâche moi, décroche. J'ai beau l'insulter avec les expressions les plus cruelles, les plus grasses et grossières du vocabulaire vulgaire, elle fait comme si elle n'entendait rien et elle rôde, impitoyable et garce. Elle rôde sans merci. Ça fait que c'est pour ça que j'ai appelé sa soeur Phèdre. Lui ai dit à l'aide, emporte la ton Ariane avec ton chariot dans ton grand lit sur les nuages, faites ce que vous voulez avec les minotaures et les monstres à trois yeux mais laissez moi finir mon roman. Finalement je me suis rendu compte qu'il n'y avait plus d'encre dans l'encrier l'imprimante et que j'ai perdu la petite pince à faire des trous [parce que j'ai mis les pages imprimées de mon manuscrit dans un cartable à trois anneaux, c'est plus facile pour la révision]. 

Incompréhensible, ce que je raconte ? L'essentiel étant que je me comprenne et que c'est pas toujours facile, je ne peux que me réjouir de ce que je considère comme un excès de lucidité que je souhaite prolonger aussi longtemps qu'il sera nécessaire à ma cause. Ça fera bien un peu mal. Mais tant que ça saignera pas !