53. entropie

Cette parole de Cioran [tirée de l'Ébauche de vertige], je l'avais lue et relue et puis je l'avais écrite sur le petit tableau noir dans la cuisine, là où je notais chaque matin la liste des choses à faire pour la journée ou la prochaine semaine. L'autre jour, quand je suis partie pour Montréal, j'ai photographié puis lavé le tableau et ensuite j'ai recopié tout ça sur la page prédédente.

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Écrire 100 fois : « aplomb » ne prend qu'un seul P. Voir le commentaire de l'Idiot du village, à page 52.

Je redeviens peu à peu Montréalaise. Je parcours les rues et ruelles à grandes enjambées et à petits pas, parfois lents, errants, parfois pressés, affamés. Je me sens excitée comme une biche devant les premiers bourgeons du printemps, je regarde partout, il y a tant de choses à voir, à redécouvrir. Mon île a beaucoup changé depuis novembre 2005. L'impression qu'il y a davantage de fleurs et de verdures. Que les arbres sont plus grands, plus beaux sous la pluie et j'aime voir les feuilles se balancer en dégoulinant sur la tête des passants.

J'ai eu beaucoup de chance car j'ai trouvé un très bel appartement, un peu petit mais c'est un rez-de-chaussée avec un sous-sol tout à moi où il y a plein d'espace pour ranger les meubles dont je n'aurai pas besoin, un coin atelier avec un établi et des étagères et aussi une grande pièce toute blanche avec un plancher en chêne et des poutres au plafond où je projette d'installer une manière de loft décoré de coquelicots [penser à écrire la « chronique du loft », arf, en temps et lieux]. J'ai même déniché un espace pour aménager une chambre froide, une chambre pour les légumes et les confitures. J'ai les clés depuis le 1er juillet, j'y vais de temps en temps passer quelques jours, prendre des mesures, faire des plans et du ménage, installer des rideaux tout ça et puis je reviens ici pour la suite, entre le déjà heureuse de retrouver mon île et le déjà triste de laisser mon Saint-Laurent. Mais que de travail. Que de sentiments petits et grands, que de butin à butiner, à trier, à donner, à nettoyer, à emballer avant de partir. Et puis me séparer de ma belle maison, du jardin, de la brume, des couchers de soleil roses et mauves, ça me fait un peu saigner le coeur. J'espère avoir le temps de cueillir le maximum de légumes, fleurs et fruits.