39. passage

Me suis encore réveillée en fredonnant mentalement I'm Yours. Encore. Depuis vendredi soir que ça dure. J'ai eu beau virer le clip de la page du 13, ne plus écouter Mraz, essayer de me distraire. Écouter tout un opéra du Metz à la radio hier après-midi. Je souffre de la malédiction du parasite musical des méninges [MPMM]. J'ai cherché des remèdes. Une mouche de moutarde musicale, un exorcisme, quelque chose. Pensé à publier un mp.3 du concerto italien [l'interprétation de Gould] piraté. Je ne le trouve plus. Le mauvais sort s'acharne. L'obsession va s'incruster davantage. Comment oublier cet air sans le remplacer par autre chose ? Expier en ligne ou rien.

J'ai bien songé à Miron dans une émission des Souverains anonymes, en 1992 [sous l'onglet « 19 ans de rencontres - liste des émissions »]. J'ai réécouté le début de la première. Parfait.

J'avais téléchargé, il y a quelques années, les quatre enregistrements, fiévreusement, juste au cas où. Fabuleux documents, ça donne des frissons. Sauf que ça ne m'appartient pas. Et puis c'est trop lourd pour une page de journal. Le serveur va s'engorger, booster, bloquer et la bande passante exploser, bref je peux pas mettre la voix de Miron dans le journal en ligne. Par contre, ses mots, je peux les recopier. J'ouvre l'homme rapaillé. La page douze, je l'apprends par coeur.

VÉRITÉ IRRÉDUCTIBLE

Ô ton visage comme un nénuphar flottant
et le temps c'est le choeur des aulnes
à regretter continu sur des rives insensées

ton âme est quelque part
sur les collines de chair oubliée
et le temps c'est mon soulier
à creuser contre le ciel

à vivre mon angoisse poudrait
éclairait l'obscure arête de ma transparence
le temps c'est ton visage à aimer blanc

dans cette ville qui m'a jeté des mauvais sorts
ton passage dure encore creuset de feu
le temps c'est une ligne droite et mourante
de mon oeil à l'inespéré

Et puis tant pis, je le ferai, juste un peu, les Souverains ne m'en voudront pas. Je ne peux pas résister à « mon amour, la rose et l'oeillet », une chanson qui me fait penser à mon père. Elle arrive juste après le plus vieux blues québécois.

Gaston Miron :