56. ça vaut la peine

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Avec tout ça, la première tempête avec neige mouillée, gelées et grands vents nous est tombée dessus mardi soir et je n'étais pas du tout prête. bOf.

L'essentiel c'est que, lundi, j'avais passé toute ma journée dehors, il faisait tellement beau [soleil, mais froid], et j'avais pu recueillir et transplanter les fines herbes dans des pots pour les cultiver dans la cuisine d'été fraîche en hiver.

J'avais aussi eu le temps de récolter les derniers choux, couper les glaïeuls, les anémones, les tournesols et la deuxième floraison de lavande pour en faire des bouquets. Pris soin de tailler et protéger avec de la paille les asperges, les vignes et la rhubarbe tout en mangeant les dernières framboises.

Une journée passée à faire ça touche de très près le profond bonheur de vivre. Goûter les instants rares et transparents qui, pour n'importe qui d'autre perdu dans sa bulle, semblent néant.

Changement de propos et pour mieux y revenir. Savoir si je resterai à la campagne ou si je regagnerai la ville le printemps venu, je ne sais pas [et j'envoie ceux qui savent tout voir ailleurs si j'y suis].

Je cherche encore l'importance relative de cette question-là. De toute manière, je ne viendrai peut-être jamais à bout de ce désagréable sentiment de ne pas être à la bonne place, pas au bon moment. Trop en avance, toujours en retard. biEurk. Alors je commence à me dire que rester ici ou ailleurs, maintenant ou plus tard. Publier un livre maintenant, demain ou avant-hier, c'est pareil. Je n'y ai pas touché ces derniers jours. Recommence-je à douter ?

Par contre, quand je me donne la peine d'ouvrir le manuscrit, je suis contente de ce que je lis. J'avançais bien. Et je continuerai. Ne ferai que ça, vers février, mars ou avant. Courage annie, courage. Mais à chaque fois que j'interromps l'écriture je perds le fil et je dois tout relire depuis le début [c'est important la cohérence, dans ce roman] et ça prend un temps fou. Il faudrait je le sais ne faire que ça, tremper là-dedans du soir au matin. Alors pour m'en sortir, je me tourne vers le journal papier et j'écris. Et puis une fois que c'est fait je pense à mon journal en ligne. C'est de loin le moins facile de l'écriture. Je le mets à distance, j'évalue à froid. Regarde à côté. Constate.

Pas question que journal* et autres écritures devienne un gros blog blême avec forum en bas de page. Ni un livre de copiage-collage, surtout pas. Problème.

Vertiges. Failli écrire une énième page d'adieuzémercis. Même failli lancer une fois de plus l'ordi et mes huit ans de journal online par la fenêtre en criant décrisse mon kâlisse. Résisté. pFiou. Éliminé quelques parasites. Calmé les neuronisses responsabilistes. Réfléchi longuement.

Fait. Que. Je me suis remise frénétiquement au bidouillage. Pour concocter une nouvelle présentation, bâtir un beau futur volume neuf tout neuf. Pour ça, je grignote des secondes et des minutes à mes soirées. Je travaille dans la bienheureuse et paresseuse ombre nocturne arrachée au temps raisonnable. Allers et retours.

J'avoue avoir manqué un peu de force et de courage ces temps-ci. Je compte les heures, les jours, les semaines et les mois qui me séparent de [...].

Pour réagir et, discipline ultime, je me lève tôt le matin. Je pars travailler sans me plaindre ni faire de vagues [pas trop]. J'engrange comme la fourmi à miel.

Jamais aussi prévoyante, j'ai fait pour six mois réserves de bois de chauffage, de légumes, grains, confitures et autres denrées indispensables puisque je passerai un autre hiver toute seule dans ma montagne. L'an dernier, ça a duré six mois sous la neige, alors cette année, je m'attends à pire pour avoir meilleur, héhé.

Ça fait tellement de bien courtiser le silence. J'ai besoin de quelques semaines et de plusieurs pages blanches. Laisser revenir le désir. Pour ceux qui lisent, et que j'estime, ça en vaut largement la peine.

[image de Greg Hume, « Honey Ant », sur Wikipedia]