35. le nom de Guermantes

C'est toujours bon de lire À la recherche du temps perdu l'été, assise dehors, pieds nus dans l'herbe. Et dans la chaleur un peu humide du mois d'août, avec les chants des cigales, les frémissements du vent dans les feuilles.

J'avais suspendu ma lecture je ne sais plus quand. Une chance que je l'ai noté dans ma liste de lectures 2007. C'était en juillet. Et je me souviens que j'étais rendue quelque part dans Le côté de Guermantes. Le signet étant tombé, j'ai recommencé au début de Guermantes 1. Et c'est à la page 753.

Et on dira que c'est mon été des gros livres. Après avoir terminé les trois tomes de Millenium, livres que j'ai aimés et lus avec moult plaisirs et frissons, j'ai fait une pause lecture. On a parfois besoin du silence des mots et de la fiction. J'ai relu du Cioran, un peu de Plutarque, un petit Kafka. Et puis hier j'ai repensé à Proust comme on retrouve le souvenir d'un tendre ami, il me manquait. Et dire que la dernière page du livre, la fin du dernier roman, Le temps retrouvé [lu il y a longtemps], porte le numéro 2401.

Et le nom de Guermantes d'alors est aussi comme un de ces petits ballons dans lesquels on a enfermé de l'oxygène ou un autre gaz : quand j'arrive à le crever, à en faire sortir ce qu'il contient, je respire l'air de Combray de cette année-là, de ce jour-là, mêlé d'une odeur d'aubépines agitée par le vent du coin de la place, précurseur de la pluie, qui tour à tour faisait envoler le soleil, le laissait s'étendre sur le tapis de laine rouge de la sacristie et le revêtir d'une carnation brillante, presque rose, de géranium, et de cette douceur, pour ainsi dire wagnérienne, dans l'allégresse, qui conserve tant de noblesse à la festivité.

Et je remercie le signet de s'être échappé du livre. Je n'avais pas noté ce passage, page 755, vers le milieu.