31. mais où est-elle donc passée ?

Je suis ici.
Et là.
J'ai pris le train pour venir passer quelques jours d'écriture et de vacances à Gaspé.
Je suis ailleurs.
Aujourd'hui, sur les pierres de Mireille Loup.
Suivre le lien pour admirer l'image dont les droits sont réservés. Je crois que je peux la reproduire ainsi, cachée derrière ma page 31, pour vous la montrer comme une belle citation : loup_pierres.pdf. Pierres illustre le dépliant de La Grande Traversée. Horizons photographiques. Je l'ai retrouvée dans le dossier artistique de Mireille Loup. Photographe de talent à visiter sur mireilleloup.com

« Exister est un plagiat. » Cioran dixit.

J'écris ce journal en ligne depuis bientôt huit ans.
Il a vécu, survécu et revécu.
Il vit, survit et revit.
Il vivra, survivra et revivra en échappant chaque jour un peu plus aux tentatives de mises sous étiquettes que sont les définitions.
Indéfini et inachevé, il existe.

« Exister est un phénomène colossal — qui n'a aucun sens . » Cioran encore.

Ai-je déjà écrit tout cela ? Possible.
Si oui, je me répéterai avec plaisir.
Je constate tenir un journal sans fin et sans objet.
Qui se doit de n'avoir aucune utilité, de ne servir aucune cause, de n'exercer aucune influence, de rester en dehors des courants et des lieux communs.
J'y tiens mordicus, comme à la prunelle de vos yeux.
Ainsi j'ai la paix pour continuer.

J'aime la distance entre soi et l'autre, entre soi et les autres.
L'éloignement permet de faire des efforts, de plisser les yeux pour mieux voir.
Et si je les ferme un peu trop, laissant juste une toute petite fente, j'aperçois une autre réalité, un autre monde se crée avec des images d'arbres tordus, d'animaux étirés, d'êtres humains plus petits ou plus grands que nature, de nuages effilochés, d'âmes déformées, torturées.
Ainsi, je m'assure l'impression d'être à ma place et efficace.

Et Cioran toujours [dans Ébauches de vertige] : « La véritable élégance morale consiste dans l'art de déguiser ses victoires en défaites. »

J'aime pousser plus loin et croire que la véritable élégance morale consiste dans l'art du déguisement.

« S'il est un instant où l'on devrait pouffer de rire, c'est lorsque, sous l'effet d'un intolérable malaise nocturne, on se lève sans savoir si on rédigera ses dernières volontés ou si l'on se résignera à quelque misérable aphorisme. »

Justement.

_______________________

Commentaires :

le 9 août 2008 à 3h08 [UTC-5], kali a écrit :

Quel plaisir de te retrouver et en si bonne compagnie...
Cioran, la personne la plus désespérément drôle jamais rencontrée, il m'a beaucoup soutenue dans les moments difficiles !
Tu avais reçue ma marmotte ??
Bisous aphoriques


le 9 août 2008 à 9h32 [UTC-5], annie a écrit :

un beau bonjour à toi kali,

en effet, très bonne compagnie que celle de Cioran. désespérément drôle, souvent cruel et décapant, comme j'aime. j'ai bien reçu ta marmotte... a beau siffleux qui vient de loin (jeu de mot raté). pardonne ma paresse à répondre aux courriels, je rencontre parfois des périodes de bloccage complet terribles.

bisous métaphoriques avec p.s.
[je t'écris de sainte-anne-des-monts, dans un autobus presque vide, ils font une pause de 45 minutes. je suis partie de Gaspé à 6 heures du matin et je viens tout juste de découvrir qu'on a le wifi. j'ai pu me connecter. je pourrais même écrire une petite page de journal mais je préfère regarder la mer et les galets. les flopées de brouillard, les grands oiseaux et tout ça.]


le 12 août 2008 à 20h13 [UTC-5], Cocotte a écrit :

Votre persistance d'écriture étonne et émeut.


le 12 août 2008 à 21h59 [UTC-5], annie a écrit :

merci cocotte
merci de déposer si gentiment des impressions qui vous sont très personnelles et que l'on choisit souvent de garder pour soi
bonne nuit