68. je vous souhaite la poudrerie

Un avertissement de poudrerie pour Kamouraska, Rivière-du-Loup et Trois-Pistoles a été émis à 4h31 le lundi 17 décembre 2007. Irai-je ou n'irai-je pas travailler ce matin ? Il est déjà presque 8 heures et je tergiverse.

Ira, ira-pas ? Les écoles sont fermées. Je consulte météo média. Il fait un beau moins 9° C tout rond mais la température ressentie est de moins 18. Humidité relative de 85%, brrr. Les vents viennent du Nord à 28 km/heure avec des rafales de 41 km/heure.

Cette nuit c'était bien pire, je n'ai presque pas dormi, croyant que le vent réussirait à souffler ma maison au loin comme le loup dans les Trois petits cochons. J'avais peur mais j'ai choisi de rester dans mon lit et de dominer cette peur au lieu de descendre me réfugier en bas en me disant si le vent emporte la maison il m'emportera avec, et je ferai une jolie culbute dans la nature et puis c'est tout. Sauf que la maison tremblait et craquait de partout, et cette absence du calme et du grand silence auxquels je suis habituée chassait le sommeil.

Le soleil qui brille par son absence s'est levé à 7h21. Toujours caché sous les nuages, il se couchera tout à l'heure à 15h46.

La neige abondante, les vents violents et la poudrerie seront avec moi tout la journée. Les vent forts combinés à la neige réduiront la visibilité à presque nulle. Je crois qu'il serait plus sage de ne pas aller travailler. Aujourd'hui, je devrais me rendre à quelques 30 km d'ici. Trop risqué. Je resterai à la maison, j'allumerai un feu et je lirai Odette Toulemonde, bien au chaud.

Mais, irai-je ou n'irai-je pas faire de la raquette ? Et puis, c'est quoi cette histoire de souhaiter la pluie aux gens, et maintenant la poudrerie ?

Je vous souhaite la pluie, c'est le titre du roman de Élizabeth Tchoungui, un livre que j'ai beaucoup aimé. Quelque part dans l'histoire, Ngazan épouse un blanc et elle part en safari-lune de miel dans les réserves du Nord-Cameroun avec son nouveau mari et Toumaï, le pisteur bororo. La veille du retour à Yaoundé, juste avant le grand départ pour vivre à Paris, Toumaï le taciturne leur fit cuire une cuisse d'Antilope et leur tint un petit discours qui se terminait ainsi :

Tu es blanc, elle est noire, on vous le reprochera sans cesse. Ignorez les vautours, soyez forts et fertiles. Chez nous les peuples du désert, l'eau est ce qu'il y a de plus précieux. Alors je vous souhaite la pluie. Qu'elle vienne à bout de la sécheresse des coeurs, et qu'elle irrigue votre foyer.

Et maintenant que j'ai écrit comment ça va par ici, je boirai mon café, au lait. Le café est bien meilleur quand on se retrouve en congé forcé pour cause de poudrerie.