52. amour, ahabah, love, éros, philia, agapè et quoi encore

La voilà qui recommence à parler d'amour. Et puis soudain ce fut l'été. Le bel été de l'éternel balbutiement. Il pleut souvent, presque tous les jours. J'écris beaucoup et je prends soin du potager, des arbres, de mes belles fleurs.

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Les premières roses trémières [altération de rose d'outremer, attesté dès 1500 selon Petit Robert, aussi appelées bâtons de Jacob, primeroses, passe-roses. En espagnol ce sont des malvarrosas, et en latin : Alcea rosea] ont commencé à fleurir, fières et dignes. Mais elles ne sont pas roses, ni rouges, non. Mes roses de trémière sont rouge pourpre, très foncées. Rouge vin violacé, en fait. Presque noires. Ce sont des Alcea rosea nigra. Pas ça qui était écrit sur l'étiquette. Jamais vu de pareilles nulle part, mais je les ai photographiées sous la pluie, à l'instant, pour vos beaux yeux. Babillages de Babel. Elle ouvre le grand Dictionnaire Hébreu sur ahabah, hbh). Écoute l'épellation phonétique. Un, deux, trois. Divins plaisirs du corps plein l'oreille.

Elle, qui ne croit plus en Lui, cherche Ses mots, juste pour le plaisir de s'entendre intérieurement prononcer les sons ronds Search God's Word [www.searchgodsword.org]. Ils ont cherché les occurences du mot ahabah (love) dans la bible. En ont compté une quarantaine ou moins, selon les versions. Citations à l'appui, plus bas. Ils ont aussi une définition de Love, que je recopie :

Love =

1. human love for human object
- of man toward man
- of man toward himself
- between man and woman
- sexual desire

2. God's love to His people

Que je traduis librement sans consulter les lexiques qui en savent plus long que moi sur le sujet :

Love =

1. Amour humain pour un objet humain
- d'un homme pour un homme
- d'un homme pour lui-même
- entre un homme et une femme
- désir sexuel

2. Amour de Dieu pour Son monde.

Aurais-je pu traduire people par peuple ? ça me tente même pas d'y penser...

Hosea 3:1

Then said the LORD unto me, Go yet, love a woman beloved of her friend, yet an adulteress, according to the love of the LORD toward the children of Israel, who look to other gods, and love flagons of wine.

Et ceci dans la petite Bible en français de mon fils :

Osée 3:1

Le Seigneur me dit : «Eh bien ! Une fois encore aime cette femme qui a un amant et vit dans l'adultère. Aime-la comme moi, le Seigneur, j'aime les gens d'Israël, bien qu'ils se tournent vers d'autres dieux et raffolent des gâteaux de raisins. »

Héhé, voilà que d'une langue à l'autre, les bouteilles de vin se changent en gâteaux, sinon en pains aux raisin. Faut croire aux miracles. Et aussi à la multiplication des pains, des pins, des pinotes, des pin-ups et des bobby pins.

Tout un chacun sait bien que les premiers traducteurs de la Bible, écrite en Araméen sur des vieilles pierres toutes effritées (j'imagine, parce que l'on était encore loin des presses de sieur Gutenberg), l'ont traduite en hébreu, puis de l'hébreu au grec. La chose s'est corsée et le choix ne fut pas une mince affaire quand il s'est agi de traduire les mots hébreux désignant l'amour : ahabah et hesed. Encore un autre ? Eh oui, et ce n'est pas le seul. Si le mot ahabah désigne toutes les formes d'amour, que l'on précise selon le contexte, le mot hesed est plus complexe, il est utilisé pour les notions de fidélité et d'attachement.

Les choses n'étaient pas simples, en effet, car les anciens grecs avaient trois mots pour désigner l'amour : eros, philia et agapè. Mais pourquoi diable, en français, on n'a que le mot amour, et en plus, plus personne ne sait ce que ça veut dire. Et encore moins écrire un mot pareil. J'aime love, comme dans make love c'est si bon, ou dans love affair, ou bien make love, not war, sauf que c'est de l'anglais. « Well do you love me (I can really move). Well do you love me (I'm in the groove). Ah do you love me. Now that I can dance. Watch me now, oh. »

Eros, donc. Et pour en revenir à nos grecs, eros nomme le désir, pour tout objet digne d'attachement. Philia signifie amour désintéressé, cet amour qui prend soin de l'autre, de l'ami, de la patrie, en qui la volonté et la noblesse de coeur ont maîtrisé les passions humaines. Agapè, le mot, a parfois le sens d'eros, mais plus souvent le sens de philia. Source : perdue, mais je vais la retrouver... et continuer un autre jour.

Vous trouvez que ça commence raide après une absence de plusieurs semaines, que j'aurais pu trouver un sujet plus facile ? Mais c'est que je ne suis pas là pour faire la conversation. Pas pour communiquer un précieux message, ni même pour partager et susciter des réflexions profondes. Ni même pour donner de mes nouvelles mais j'en donne pareil, cherchez l'erreur, c'est bien ça le piège de tenir un journal en ligne, on fait comme dans « Allo allo Jos, quelles nouvelles ? – Tout va très bien, tout va très bien. » Même pas. Aujourd'hui, j'écris une page dans ce journal, juste pour écrire. Ou me rappeler un jour que le 20 juillet 2007, il pleuvait et ventait, que je suis sortie photographier les roses trémières qui ont l'air des fleurs de sorcières, et puis que j'ai fait de la soupe au poulet et riz, un feu de cheminée. Mangé des bagels grillés avec du beurre. Faut pas chercher plus loin. J'ai personne à convertir, je n'enseigne rien, ne prêche sur aucune montagne. «Pourtant, que la montagne est belle, comment peut-on s'imaginer, en voyant un vol d'hirondelles, que l'automne vient d'arriver ? » Je donne peut-être l'impression de me détacher du journal, de vous filer entre les pattes. Mais non, je ne boude pas. Je bouge. Je suis là. Simplement devenue incapable de poursuivre. Muette mouette. Mutique. Mutante. Mouvante. Mais non, je n'abandonne pas mon cher journal qu'est pas un blog, sauf pour la technologie blog qui sert à le publier, puis à l'archiver et tout. Mais, me direz-vous, what the hell does flagon mean ? Des "flagons of wine", comme dans la Bible, ça ressemble à ça. On peut cliquer dessus pour accéder au Thesaurus où j'ai déniché/emprunté l'image. Merci.

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