Je profite du beau temps pour travailler dehors. J'ai presque fini de semer et planter les légumes, les fleurs et les fruits qui embelliront mon été et amèneront de la bonne nourriture dans mon assiette et dans celles de tous ceux à qui j'en offrirai en cadeau. C'est encourageant de dire que j'ai presque fini, mais il m'en reste encore beaucoup à faire.

Toute la matinée, j'ai fini de planter les tomates, j'ai semé des petits pois, et des haricots verts et des jaunes, et puis j'ai repiqué des jeunes plants de haricots verts en éclaircissant ceux que j'avais semés il y a deux semaines. J'ai aussi mis en terre des poivrons verts et des rouges. Et aussi des courgettes, des concombres et des melons, et six plants de céleri. Ces légumes-là sentent vraiment bon. J'ai biné le sol autour des plantes déjà semées ou qui se sont re-semées toutes seules depuis l'an dernier. Les roses trémières sont en boutons, enfin.

J'ai dû me résigner à faire abattre un de mes trois vieux érables qui n'avait pas produit une seule feuille l'été dernier. Ce printemps non plus. Les corneilles aimaient bien s'y nicher. Et moi, je n'arrivais pas à accepter l'idée qu'il était « vraiment » mort. Alors j'ai attendu pour voir s'il lui repousserait des feuilles cette année. Comme la plupart des gens que je connais, je sais bien que la mort est évidente, je sais qu'elle est l'aboutissement incontournable de toute vie et qu'elle peut survenir à n'importe quel moment, je sais bien que chaque personne, animal ou chose finira par mourir un jour. Mais comme tout le monde, je fais comme si de rien n'était. Je chasse cette réalité de la mort au loin, très loin de moi. Et quand une personne ou un arbre meurt, on est triste et surpris, incrédule. Muet, presque bouche bée. Étonné. Ou secoué, ébranlé, jusqu'au coeur de son jardin.

Les pivoines devraient fleurir d'un jour à l'autre. Un seul lis a fleuri, il est jaune et tout petit, peut-être à cause de la sécheresse. Il n'a pas plu depuis plusieurs jours, je ne sais pas combien. La plate-bande ronde que j'ai aménagée, au printemps 2006, sous le bel olivier Bohême (nom botanique : Elaeagnus angustifolia) s'est recouverte de quantités d'ancolies dansantes au bout de leur tige élancée, elles recourbent leurs cloches mauves vers la terre en fin d'après-midi. Dommage que je n'aie pas pensé à faire quelques photos avant que les pétales ne commencent à tomber.

Les hommes qui ont abattu l'érable ont débité le tronc et les branches pour en faire du bois de chauffage. Ils n'ont pas refendu les grosses buches du tronc. Ils les ont laissées là, sur le bord de la clôture, cordées les unes sur et contre les autres. Au lieu de les faire débiter tout de suite, je les ferai transporter dans le jardin. Ainsi, la mort de cet arbre me fournira les buches que j'imaginais l'autre jour en faisant les plans du potager. Les buches que je voulais placer ici et là pour que l'on puisse s'asseoir et rêver, ou lire, ou admirer le ciel et le fleuve au beau milieu des légumes et des fleurs.

J'ai eu trop de travail pour faire des images de mes beautés ces jours-ci. Les deux voyages de quelques jours à Montréal la semaine dernière m'ont plutôt fatiguée et, comme je l'étais déjà, je n'en finis pas de récupérer. Et en plus, je dors mal. C'est toujours comme ça quand j'abuse de mes forces. Ce n'est pas grave, juste un peu de surmenage et de stress mal digéré, ça passera. Au moins je ne crains plus de perdre la maison. J'ai trouvé une solution au problème des sous. Travailler la terre me fait du bien.