49. tire-toi une bûche, dit-elle

Aujourd'hui, c'est jardinage. Il fait très chaud, un peu trop. Mais comme je n'ai aucun contrôle sur le thermostat géant de ma chère terre, je reste zen et au lieu de me plaindre, je profite de la bonne chaleur et du soleil, je porte des vêtements plus légers. Je prends des pauses fréquentes et je bois de l'eau, la maison est toujours fraîche alors quand j'ai trop chaud, j'entre me reposer. Je tente de m'accommoder de la canicule précoce. Hier soir il y avait même du smog.

J'ai repris dès sept heures ce matin le bêchage là où je l'avais laissé samedi dernier. J'arrive donc au tiers du travail à faire, je ramasse les cailloux et les herbes adventices, je continue de préparer le grand potager pour y ajouter l'énorme tas de compost qui a été livré en mon absence par le centre de jardinage de la famille Desjardins (des gens hyper gentils qui m'aident énormément). Je n'ai même plus le temps de photographier mes belles fleurs. Il y a toute une rangée de tulipes jaunes, quelques tulipes rose pâle et une seule rouge au pied d'un petit érable. Les myosotis sont arrivés, mais le lilas n'a pas encore fleuri.

Une fois que j'aurai fini le bêchage, j'étalerai les amendements et un des fils Desjardins viendra passer la bêche mécanique, je crois qu'ils appellent cet outil un rotoculteur mais je n'en suis pas certaine, et puis je m'en fiche un peu du nom de ce bidule, du moment que ça fait le travail on va pas se mettre à chipoter avec la terminologie.

Et comme ça, quand la terre sera bien meuble et bien émiettée, je pourrai tracer les rangs et les sillons bien droits – je tends une corde entre deux petits piquets et je suis le trajet, c'est facile. Et ensuite enfin, enfin, je vais semer et planter. J'ai hâte.

Cette année je me suis amusée avec les plans du jardin. J'ai tout viré de bord. Et j'ai prévu de semer et planter certains légumes dans des formes rondes et triangulaires, d'autres dans des carrés et il y aura des espaces pour des fleurs au travers des légumes et ça fera un plus joli jardin avec du style, j'installerai un point d'eau, et des petites buches pour s'asseoir et cueillir (tire-toi une bûche, dit-elle).

Curieusement, quand je travaille dehors, l'envie me prend toujours de tenir ce journal, alors je rentre et j'écris quelques mots. J'aimerais tenir le journal plus souvent et je vais me donner du temps pour le faire. Je rêve encore à une mise en page plus belle. Il y aurait un ménage fou à faire dans mes archives, encore. Tout un travail de maintenance, que je néglige, et qui doit laisser des traces en tout cas des ennuis et inconvénients bien désagréables aux lecteurs qui passent par ici, si toutefois il en reste deux ou trois. Bientôt, très bientôt je mettrai de l'ordre dans ce fourbis.

Depuis deux semaines, j'avais mis les petits tubercules de pommes de terre à germer dans un coin de la cuisine. Logiquement, je devrais les planter (des rouges Chieftan et des blanches Kennebec) ce week-end, s'il ne pleut pas, et si j'arrive à finir de préparer la terre.

J'ai pu rentrer à la maison hier soir. L'appartement de Montréal, même s'il est superbe, en plein milieu du Plateau Mont-Royal et très confortable, ce n'est pas et cela ne pourrait remplacer « ma maison ». Le bonheur que j'ai à me retrouver ici quand j'arrive, cela ne se dit pas.

Je souffre de la ville, et quand je vis là j'étouffe un peu, ma campagne me manque. Je manque d'air, et de ciel et d'eau, et des arbres, de tout. Je commence à me sentir bien quand je vois le fleuve, et encore mieux quand j'aperçois la chaîne bleutée des Appalaches.

Et puis quand je quitte l'autoroute et que je monte la côte, quand je tourne à droite et que j'aperçois la maison dressée blanche et fière sous les érables et les pins géants, avec ses rangées de fenêtres et la mignonne petite lucarne du grenier, je m'arrête et stationne la voiture dans le petit chemin pavé. Une fois debout sous le grand sapin, je ressens toujours un curieux vertige. Je regarde le fleuve, je me remplis les poumons comme une bienheureuse étourdie.

Je sors les bagages, les sacs avec les provisions pour la route, ma bouteille d'Évian, et je raccroche à mon épaule la lourde sacoche noire avec le portable dedans, je monte les marches, mets la clé dans la porte, je pousse un peu. Long soupir, je suis arrivée, héhé.

Hier, j'ai trouvé un peu de bois et j'ai pu allumer un feu. C'était torride dehors mais froid à l'intérieur, glacé. Je me suis roulée en boule sur le canapé rouge et je me suis vite endormie. Il était huit heures et demie. Après-midi, j'ai mon travail bénévole à la bibliothèque, trois belles heures en compagnie des livres et des lecteurs de livres affamés qui en cherchent, miam [sont drôles, des fois ils demandent où se trouve un livre sans savoir le nom de l'auteur ni le titre, mais ils vous fournissent un résumé de l'histoire (va chercher ma poule...) mais la meilleure piste à suivre est de leur demander comment ils en ont entendu parler; du travail de fin limier, je dis].