48. tchirili, tchirop, tchirop

J'ai été réveillée à l'aube par le chant d'un merle. Un drôle de chant unique et triomphant, puis l'oiseau s'est tu. La fenêtre était restée ouverte. L'air sentait déjà bon la rosée. Et je me suis rendormie.

Une colonie de merles au ventre rouge s'est établie autour de la maison. Ils ont dû construire leurs nids dans les arbres. Ça vole partout. Celui de ce matin devait annoncer le beau temps. Le soleil brille. J'avais oublié que le ciel pouvait être aussi bleu.

J'ai commencé à bêcher le potager à la main. Même si je porte mes gants, je me suis fait quelques ampoules. Alors j'arrête, je me repose dans la chaise longue turquoise. Je bêche avec ce qu'ils appellent par ici une fourche à fumier. À la campagne, personne [ou presque] ne mâche ses mots. Donc, ma fourche à fumier toute neuve est équipée de cinq dents en métal, fines et allongées. Je la plante dans le sol, je soulève une motte de terre et elle s'effrite, libérant cailloux, racines des pissenlits et chiendent renaissants. Je n'ai qu'à prendre les petits bouquets verts déracinés et à les placer dans la brouette. Les cailloux dans un seau. J'avais oublié que le jardinage pouvait être aussi douloureux. Pour le corps. Mais ce n'est pas grave. Demain je ne sentirai plus rien.

Voilà la première tulipe. Jaune. Il y en aura aussi des roses, mais les roses prennent leur temps. Et le chant du merle.

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Le chant du merle d'Amérique, le chant du rouge-gorge, ça chante fort l'été.