25. que du vent

Une autre semaine achève de se découdre du grand calendrier. J'ai fini hier soir les livres commencés vendredi et dimanche et que j'avais soigneusement inscrits d'avance sur la liste de lectures 2007. Les deux je les ai aimés, et pour des raisons fort différentes. J'ai laissé les deux exercer leur pouvoir de me transporter dans des mondes situés aux antipodes de ce qu'a été et de ce que sera toujours le mien.

La maison est à vendre et ça fait même pas mal. Une seule visite lundi : aucune suite. Et si ma belle casa avec sa vue sur le fleuve, les arbres et les fleurs n'intéressait aucun acheteur, et qu'elle ne se vendait pas ? On m'a dit que cela pouvait être long. Qu'une maison à la campagne ce n'est pas comme une maison à la ville : moins de gens, moins de visites, moins de cash. On m'a dit aussi que la louer ne serait pas une solution valable et un paquet de problèmes, alors je n'y pense pas. Je ne cherche pas de travail. Je ne cherche pas d'appartement ni une autre maison, ni une autre ville. Rien, je ne cherche rien. Aucun projet concret de départ. Je ne bouge pas. Toujours pas de grand amour non plus, celui qui vous saute dessus quand on s'y attend le moins, d'après la légende. Urbaine. J'ai beau le lire dans les livres et avoir l'impression que c'est vrai, je suis au bord de ne plus y croire. Possible que je n'y croie plus du tout. L'amour que l'on dit avec un grand a serait une invention de l'esprit, un jeu cruel et dépassé qui ne mène nulle part ailleurs qu'à la perte du meilleur de soi, et l'autre. Quelque chose comme une publicité mensongère. Un tas d'illusions. Du vent.

Je nourris le feu, le seul et le vrai, celui de la cheminée pour éviter que la glace ne s'infiltre sous les portes et autour des fenêtres, et pour le réconfort que les chaudes flammes m'apportent en tout temps, parfois même au milieu de la nuit quand je me lève toute endormie pour boire un grand verre d'eau. J'aimerais nourrir mes amitiés mais je suis gauche et maladroite, je ne sais pas. J'ai parlé toute une nuit au téléphone avec une amie à l'autre bout du monde. Je n'ai pas grand chose à dire, qu'est-ce qu'elle va penser de moi.

Je ne suis pas triste et abattue par ce qui m'arrive. J'ai eu de la peine la semaine dernière, et j'avais choisi de vivre toutes les émotions pénibles qui venaient avec cette énième rupture. Mais elles n'ont pas duré longtemps. Et les jours après, je n'ai pas refusé d'y croire – et je sais que ce n'est pas un rêve, il y a une pancarte avec du rouge et du bleu devant la maison. Quand je la regarde, je ne ressens rien. Et à chaque fois que je vois l'idée de mon déménagement traverser mon esprit, elle est remplacée immédiatement par une autre plus intéressante, ce qui fait que je réussis toujours sans aucun effort à penser à autre chose.

J'ai même consenti à envisager froidement la solution ultime qui me permettrait de garder la maison : arrêter d'écrire et trouver du travail. Travailler. Ça n'a pas fait mal ça non plus. Mais je ne réussis pas à y penser très longtemps. Comme si j'étais devenue incapable d'approfondir quoi que ce soit qui appartienne à la réalité dure et froide. Comme si tout ce qui aurait le pouvoir de me faire mal s'était logé quelque part dans une petite maison au fond de mon esprit et que mon coeur serait vite venu poser un cadenas sur la porte.