24. ... pas un blog [la suite]

Quoi qu'il en soit, j'y suis, j'y reste. Pour le plus grand malheur de ceux et celles qui ne souffrent pas la compétition, de ceux qui ne vivent que dans le but de se comparer, d'envier, de désirer ce que l'autre semble posséder et qu'ils n'ont pas. Et pour le grand bonheur de mes amis, et des amis de cette aventure.

Il reste que cette fois j'avais tenté une transformation complète du journal en un vrai blog, et j'appelais de tous mes voeux une véritable métamorphose ainsi que tout ce qui vient avec : un ton plus léger et ludique, les dix ou quinze billets sur la même page, un échange nourri et riche de commentaires, des liens, beaucoup de liens, des notifications, etc., bref tout le mode d'emploi, croyant ainsi avoir trouvé un remède efficace. Faire comme tout le monde serait-il enfin la solution ?

Ce fut une grave erreur. Comme les petites tortues qui retournent à la mer, j'ai peu à peu et à mon insu glissé vers la forme, et surtout vers le choix renouvelé d'un genre que d'autres avant moi ont défini comme étant « la maladie du journal ».

Et que ce journal soit intime ou pas est sans importance aucune. Je sais que ce que j'écris est un « journal » et non pas un « blog » ni un « carnet ». Je l'ai toujours su [je parle de la période avant janvier 2007]. Cela me suffit. Et que les des lecteurs n'y voient aucune différence, ce n'est pas mon problème.

J'ai une connaissance, que je peux qualifer d'interne, de ce que signifie l'acte de tenir un journal personnel, puisque j'écris un journal papier depuis que j'ai appris à tenir un crayon et à relier entre elles les lettres de l'alphabet pour en faire des mots.

Accompagner, jumeler ce journal privé d'un journal public, ouvert à tous, je crois savoir également tout à fait intimement de ce que c'est puisque j'en ai fait l'expérience depuis l'an deux mille. Journal public auquel j'ai mis un point final un nombre incalculable de fois de manière tout à fait impulsive et que je croyais mûrement réfléchie. Cela ne signifiait pas un arrêt de l'écriture. Écrire, je n'ai jamais cessé. Ralenti, réfléchi et mûri, décanté oui, mais le processus une fois déclenché en moi ne saurait s'interrompre.

Le mot même de « journal » serait-il devenu tabou ? Choisirait-on la voie du « blog » pour appartenir à l'hypothétique « blogosphère » ? Écrire un journal, dans ma tête et dans mon coeur est pour moi un acte indépendant du besoin d'appartenance. Écrire dans le seul but de satisfaire au besoin d'appartenir est une activité dangereuse qui risque de contaminer sinon de saboter ma liberté d'expression. Cela pourrait être une négation ou un éloignement de ma propre identité et de mon noyau créateur.

Cela dit, refuser d'affirmer que les écrits que l'on publie dans Internet relèvent de la littérature personnelle et sont donc un journal dissimule fort probablement une bonne dose d'ignorance, de la peur, ou l'incapacité de s'affirmer, et peut-être d'une forme de mépris du « journal » en faveur du « blog ». Je n'ignore pas la grande confusion qui règne dans le monde des blogs, c'est devenu tout et n'importe quoi, incluant la récupération économique, politique et médiatique.

Ce que je tente d'expliquer n'est pas nouveau. C'est l'affirmation et la réaffirmation que cette chose, à laquelle je ne renonce pas, et que vous devez aimer lire puisque vous ne l'abandonnez pas, est la suivante : ce journal n'est pas un blog