17. ann.orexique

J'aimerais dire que ça va mieux ce matin, mais non. En me levant, je me suis retrouvée dans le 58e sous-sol, côté nord. Il ventait, et ça sentait bizarre. J'essaie de remonter. Le vieil ascenseur avec des portes en grillage toutes piquées par la rouille doit être en panne.

Je n'arrive pas à me faire à l'idée que je vais vraiment partir d'ici. Quand je pense à ça, les neurones ne se connectent pas, ça donne des erreurs 500 ou 404, comme quand on ne peut accéder aux pages web. Pourtant, le train est en marche et je ne reviendrai pas en arrière. Reste à trouver comment avancer par en avant.

Je deviens insomniaque : je lis jusqu'à l'aube, je dors une heure et quelque, et puis je me lève. C'est ben l'fun. Je n'arrive plus à avaler plus que deux ou trois bouchers [sic. beau lapsus, lire "bouchées"...] J'ai déjà perdu sept kilos. Serais-je anorexique, garde ?

Je relis ce que j'écris et je constate que j'ai l'air de quelqu'un qui cherche absolument à faire pitié. Jouer à la victime, diront-ils aimablement. Tant pis. J'étale ma triste réalité. Ma tartine de vérité.

Ne devrais-je pas plutôt me draper dans ma dignité et faire comme si tout allait bien aller ? Reste que j'ai la nausée. Que je ne mange pas et que je ne dors pas, en tout cas pas assez. Et que cette crainte d'être devenue anorexique n'est peut-être rien d'autre que les relents de ma vieille hypocondrie juvénile. Rien d'autre que de l'angoisse. Arrêter au plus vite avant qu'il me pousse des boutons. Et pas d'autoanalyse en ligne, please, ça doit être quelque chose comme l'enfer du transfert. Le piège à bobos mentaux.

Quoi qu'il en soit, l'anorexie se définit comme la « perte ou la diminution de l'appétit », in le Petit Robert 2007. On y mentionne que l'anorexie mentale serait « un refus de s'alimenter lié à un état mental particulier ». Son contraire étant la boulimie. Alors on fait quoi après qu'on a dit ça ? On installe une sonde gastrique à demeure ? Avec perfusion aux quatre heures. Désinfections. Antibiotiques à titre préventif ?

Pas question. Je ne suis pas anorexique puisque j'ai faim. C'est la nourriture qui ne passe pas quand j'essaie de l'avaler. Et ce n'est pas de l'anorexie mentale non plus car je ne refuse pas de manger ou d'avaler, j'en suis incapable. Mais ça va passer. Le corps réagit. Normal.

Pas de quoi fouetter un chat. Quelle locution cruelle !