7. des mots dans la gorge

Qu'est-ce que tu dis ? Je dis rien. Pas un mot à personne depuis vendredi, jour de bibliothèque. Je ne parle pas. Le téléphone ne sonne pas. Je n'y ai pas touché. Je reste seule dans la maison et j'écris à côté d'un grand feu que j'entretiens rouge et dense dans la cheminée. La langue enfermée dans la bouche. Ne pas tricher. Jouer au jeu du livre découvert et ouvert au hasard. Du premier mot qui tombe sous le doigt. Pas de chance, ou excès de. J'ai pigé Babbitt, de Sinclair Lewis, et mon cher vieux Finnegans Wake. Tir au sort. Joyce a gagné. En anglais my dear, oh comme c'est surprenant et amusant. N'y aurait-il que moi que ce jeu amuse, j'y jouerais sans me fatiguer. Or donc, à la page 258, je dis : And shall not Babel be with Lebab ? And he war. And he shall open his mouth end answer : I hear, O Ismael, how they laud is only as my loud is one. If Nekulon shall be havonfalled surely Makal haven hevens. Go to, let us extell Makal, yea, let us exceedingly extell. Though you have lien amung your posspots my excellency is over Ismael. Great is him whom is over Ismael ans he shall mekanek of Mak Nakulon. And he deed. J'ai longtemps été incapable de lire Joyce. Maintenant je ne saurais m'en passer bien longtemps. Alors je dis les mots pris dans la tour de Babel avec l'envie d'écrire et de parler à l'envers, peut-être que ça serait plus clair. Je dis tout bas juste pour moi Uplouderamainagain ! Et puis je dis visur vatnsenda-rosu en chantant dans la gorge avec Björk sans comprendre les mots de la tour avec Babel qui couche avec Lebab. Je dis à haute voix une page de James Joyce. Puis deux. Puis dix. Je dois avoir le Finnegans Wake en version française. Quelque part, mais où ?