1. pour une interruption temporaire d'un silencieux départ

le journal s'est arrêté de vivre parce que je ne savais pas continuer. le journal s'est brisé, plié en deux comme une lettre, il était peut-être blessé, démembré. que sais-je. rien. de moi il ne reste plus grand chose d'humainement respirable et je voudrais rester pour jamais loin de l'indifférence générale, des jugements mesquins et des assassins. chacun des souffles qui me retiennent à la vie me déchire, la moindre remembrance de ce que je suis m'est souffrance. et le journal s'éloigne, opposant la solitude et le silence à la bruyance ambiante, accueillant la brillance des larmes apaisantes entrecoupées des obsédants cris de colère qui résonnent longtemps dans la tête. pendant que tout le monde fêtait noël, j'ai été agressée, attaquée dans mon être. je n'ai pas su mettre fin à la violence par la violence, pas su gifler, ni frapper, ce qui aurait peut-être pu marquer au moins l'espace de mon corps physique. je n'ai pas su me défendre, pas su seulement sauver ma peau. au lieu de cela je me suis laissé démolir avant de me sauver, avant de me réfugier dans les bois, et c'est là dans le silence nocturne des sapins noirs, là que j'ai senti quelque chose se mourir en dedans, là que j'ai su que j'étais déjà et que je serais incapable de me libérer de cette mort-là avant longtemps, incapable de raconter les moindres détails, et les faits tels qu'ils étaient advenus. et que cette incapacité, cette interdiction de la parole m'enfermeraient l'âme et le coeur. à quoi bon l'écrire, si dans mon journal je ne sais pas tout dire ?