promenade dans les bouleaux

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À ce moment de l'hiver, il est assez inusité de marcher en forêt sans raquettes ni skis. Mais aujourd'hui, le froid a l'air de revenir en force. Vers la fin de ma longue promenade avec P. dans les bouleaux, le vent soufflait fort. Du nord. Ce qui nous permet d'espérer une grosse giboulée blanche dans les prochains jours.

À un certain endroit caché de la forêt, nous avons découvert une montagne de gros sacs en plastique verts remplis de déchets. J'ai demandé à P. : « combien de temps la nature a-t-elle besoin pour décomposer ces sacs ? » Il a dit : « Dix ans ? » J'ai fait signe que non. « Trente alors ? » a-t-il risqué. J'ai dit non. « Mille ans ? » Non. « Mais combien de temps ça prendra, dis-le donc... »

Le temps que ça prend à la forêt pour digérer du plastique, c'est jamais. C'est vivant pour l'éternité du plastique, à moins de le brûler ou de le transformer avec d'autres moyens que je ne connais pas. Tout morceau de plastique abandonné dans la nature, il ne se décomposera pas, jamais. Au moins, l'éternité existe-t-elle pour les sacs poubelle en plastique verts, les « résistants ». C'est terrible quand on y pense.

Quand je suis là et que j'écris et que je regarde les belles photos de mes bouleaux et des petits ruisseaux en choisissant celle que je placerai dans le journal, je m'interroge. Pourquoi n'ai-je même pas pensé une seconde à photographier le monceau de déchets soigneusement emballés dans des sacs verts ? Est-ce le signe que je suis une optimiste qui ne voit que le meilleur côté des choses ou pire, que je fais comme l'autruche en refusant de voir [montrer, conserver] la trace, ou le souvenir de ce qui me dérange et me fait vraiment mal ?