et ces gâteaux aux fruits ?

Je les ai préparés cet avant-midi. Ils sont au four depuis midi pour une cuisson de trois heures à 250 degrés F. Et voilà que je ne retrouve plus le petit cercle du degré sur mon clavier. Windows XP a dû être réinstallé la semaine dernière et je n'ai plus le clavier d'avant. J'avais un qwerty canadien anglais depuis toujours et maintenant je me débats avec un qwerty canadien français, ou vice versa. Enfin, ce n'est pas si grave.

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Photo prise en début de cuisson. J'en ai fait un dans un moule à pain en pyrex et l'autre dans un moule couronne. On n'a plus qu'à imaginer les gâteaux gonflés et bien dorés. Et attendre à trois heures pour les sortir du four et les déposer sur une grille pour les laisser refroidir. Ensuite les badigeonner avec un mélange de deux alcools [brandy et grand marnier]. Puis les laisser reposer une heure et ensuite les démouler.

Pourquoi tu fais des gâteaux aux fruits, me direz-vous ? D'abord parce que j'aime ça. C'est sucré, épicé et plein de fruits et d'amandes. C'est aussi bon avec du thé qu'avec un grand porto. Et puis par attachement à mes souvenirs d'enfance, dire aussi que je rêve à la survie des traditions familiales. Parce que cette année, j'ai envie de préparer moi-même la plupart des plats et recettes traditionnelles pour les Fêtes. Ma visite arrivera le 22 décembre et la maison sera pleine de rires et de beau monde jusque vers le 30.

Ces gâteaux, ma mère les préparait dès la mi-novembre et elle les conservait dans des boîtes de métal, bien arrosés de rhum ou de brandy, en tout cas avec de l'alcool fort et brun jusqu'à Noël. Elle en servait de petites tranches au réveillon et il en restait pour les jours après, les collations et desserts.

Si je ne connais pas les secrets de ma mère concernant la recette et surtout les savants arrosages à l'alcool de ses gâteaux aux fruits qui étaient l'un des nombreux desserts de Noël qu'elle nous servait, c'est qu'elle les a emportés avec elle dans sa tombe. Ma mère était une grande cuisinière, elle pouvait préparer un excellent repas avec trois fois rien. Mais elle ne m'a pas appris à cuisiner, je crois que j'ai appris toute seule, dans les livres. Parce que j'aime bien manger, j'ai appris.

Mais elle m'a tout de même enseigné et légué beaucoup en cuisine, ma mère, je lui dois mes meilleurs souvenirs : les goûts, les odeurs, les textures et les couleurs, tout. Et l'avoir vue mesurer la farine avec les mains, le sel du bout des doigts et la crème ou le lait versés directement de la bouteille. Comment elle s'essuyait les mains en les frottant sur un torchon ou encore en les passant sur son ventre recouvert d'un long tablier blanc noué dans le dos. Elle portait toujours un tablier pour cuisiner. Moi, jamais. Elle me laissait la regarder s'affairer à la cuisine, goûter à tout et lécher le fond des bols profonds, et ce que j'ai vu là, ce n'est pas rien. A cause de ça, je modifie la plupart des recettes que je fais. Parfois ça rate mais la plupart du temps je crée quelque chose de bien bon.

Et puis à Noël, elle préparait longtemps à l'avance toutes sortes de mets, des tourtières et autres viandes en croutes, des rôtis, des volailles farcies et les bons beignes qu'elle réchauffait et saupoudrait de sucre en poudre juste avant de servir. Eux aussi étaient placés dans des grandes boites en métal et congelés car elle mettait les boites remplies de beignes [ainsi que bien d'autres victuailles] dans une armoire qui était dehors, collée sur un mur de la cuisine avec une petite porte communicante donnant vers l'intérieur [en guise de passe-plat] et une autre plus grande à l'extérieur. Et quand elle n'avait plus de boite en métal, les beignes se retrouvaient dans des grandes marmites recouvertes avec quelques épaisseurs de torchons.

La plupart des recettes de gâteaux aux fruits se ressemblent. Je ne donnerai pas la mienne en détail car c'est plutôt ennuyeux de donner à lire une longue liste d'ingrédients. Vous commencerez avec une demi-livre de bon beurre ramolli et vous le battrez bien comme il faut avec une tasse de cassonade et une demi-tasse de miel.

Quand ce mélange sera devenu léger et floconneux, vous y ajouterez cinq oeufs, en brassant vigoureusement après chacun des oeufs. J'utilise un fouet ordinaire, mais certains préfèrent le batteur électrique. J'en ai pas. Question d'habitude.

Une fois le mélange d'oeufs, beurre et sucres bien fouetté, vous ajouterez le jus de deux oranges, un peu de jus de citron, et une tasse de crème épaisse. Vous redonnerez quelques gentils coups de fouets à la mixture. Voilà pour la préparation liquide.

Dans un autre bol, vous prendrez soin de tamiser ensemble deux tasses et demie de farine, de la cannelle et du piment de Jamaïque moulus, de la poudre à pâte et une petite pincée de sel. Incorporez-en ensuite la moitié à votre préparation initiale.

Le reste est ce qui fait l'âme du gâteau aux fruits : des pelures d'oranges et des cerises confites, des figues séchées et hachées, des raisins secs dorés, des amandes effilées, des pacanes et des noix de grenoble. Vous mélangerez tout cela ensemble, puis avec le reste du mélange de farine pour bien enrober le tout.

Ensuite vous prenez une cuillère en bois ou une spatule et vous incorporez délicatement les fruits confits, les secs et les noix et amandes avec tout le reste. C'est fini.

Il ne vous restera plus qu'à verser dans les moules beurrés et à enfourner.

Ce n'est pas clair ? Que voulez-vous, je ne suis pas prof de cuisine. Mais au moins je sais faire de bons gâteaux aux fruits.