voyage au bout de la peur

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Je n'étais pas retournée marcher dans la montagne pour cause de pluie et de mauvais temps et pour toutes sortes de raisons respectables, petites et grandes. Je n'étais pas retournée marcher dans ce chemin noir en plein bois où la peur m'avait empêchée de m'engager l'autre jour. Le soleil étant revenu briller par ici, je suis sortie de ma torpeur et enfilé mes bottes de sept lieues. J'ai donc décidé de dépasser la limite de ma peur, en me disant que c'était normal d'avoir un peu la frousse à me promener ainsi toute seule loin de la maison et à des kilomètres du contact avec toute personne humaine. Après tout, il est peut-être normal d'avoir peur des animaux cachés dans les bois que l'on ne connaît pas. Allez savoir qui ils sont et de quoi ils sont capables. J'ai pris mon courage à deux mains habillées de mes gants bleus et je l'ai accouplé avec ma peur que je ne voulais pas perdre de vue. Je me suis forcée à la ressentir, et puis à un moment donné je l'ai complètement oubliée et j'ai marché, marché. Dans les trails et petits sentiers, dans les chemins assez larges pour les tracteurs et les chevaux. Et dans la neige il y avait des traces de pas humains à demi effacées et d'autres pistes plus fraîches laissées par les lièvres, les cerfs et d'autres pattes griffues que je crois appartenir à des coyotes ou des renards. J'ai entendu les gargouillis des ruisseaux où les petits pas me révélaient qu'ils étaient allés boire, j'ai vu des herbes sèches portant encore toutes leurs barbules pelucheuses. Entre les espaces boisés, j'ai traversé des grands champs ocres que j'ai suivis jusqu'au bout, jusqu'à une petite route en gravelle que j'ai empruntée pour rejoindre la grand route et je suis rentrée en marchant sur le bord de l'asphalte grise. C'était la première fois que je me rendais aussi loin, jusqu'au premier chemin qui borde la terre que son propriétaire labourait quand j'y suis passée hier et qui se trouve à quatre ou cinq km derrière ma maison et ce chemin porte le nom croyez-le ou non de : « Chemin du vide ». Plutôt déconcertant de dépasser mes grandes et petites peurs pour en arriver là, pour découvrir que mon voyage au bout de la peur débouchait sur le chemin du vide. L'effet de surprise passé, la photo prise en guise de preuve pour vous lecteurs de ce journal [et pour savoir moi-même que je n'ai pas rêvé], j'ai ri. J'en ris encore. En tout et partout, la randonnée m'aura pris deux heures, et je marchais d'un bon pas.

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N'est-ce pas qu'il est beau notre ciel de Kamouraska, avec ses teintes pastel et ses brillantes volutes roses déroulées, à l'heure où le soleil redescend sur le fleuve.