143. six bougies sur le gâteau du Journal

Et de six ! Le Journal a eu six ans aujourd'hui. Et ici j'ai du soleil sur les bras pour écrire la page 143 du volume 6 qui s'étire comme un chat dans la belle région de Kamouraska ; et à l'heure où j'écris, mon timide et pudique Journal - qui l'eut cru - pose le pied sans trompettes ni tambours dans sa septième année.

Son auteur et ses quelques fidèles lecteurs ont matière à se réjouir : l’année 2005-2006, celle du sixième anniversaire du Journal m'a permis de quitter le grande ville et un travail épuisant pour m'installer en pleine campagne.

Virage sérieux, en épingle à cheveux. Et pas facile. Malgré quelques préoccupations matérielles, mon bilan est positif sur toute la ligne.

Je n'ai pas seulement la satisfaction d'avoir tenu le coup. Je suis fière d'avoir fait ce que je voulais, comme je le voulais, sans influence et sans chercher à plaire à qui que ce soit. Et par mes propres forces, que je ne soupçonnais même pas. Ma famille ne m'a pas jugée ni découragée, ils m'ont soutenue du mieux qu'ils ont pu étant donné l'éloignement et pour cela ils ont acquis toute ma gratitude.

Partir ce n'était pas fuir mais choisir la voie de l'angoisse et affronter mes peurs, ce que je n'aurais pu décharger sur personne. De plus, j'ai dû mettre de côté un roman en chantier depuis le mois de mai et qui s'écrivait par à-coups. Je n'étais pas prête ni disponible à ce nouveau récit. J'ai fini par comprendre qu'il ne sortirait de moi rien de bon tant que je n'aurais pas porté Épiphanie encore plus loin, tant que je ne l'aurais pas déposé à sa vraie place. J'y travaille un peu tous les jours depuis lundi et je continuerai.

Par ailleurs, la vie matérielle au quotidien n'a rien de facile. Je sors à peine d'un gros méchant rhume et je n'ai pas eu le temps de me soigner, devant mettre les mains et les pieds dans la terre pour récolter les pommes de terre et autres légumes racines, les tomates et les oignons, le céleri, les poireaux et le reste de ce qui sera ma nourriture pour survivre ici. Ensuite faire les conserves, compotes, potages et congélation. Hier j'ai commencé à transplanter des herbes : thym, estragon, persil, ciboulette, romarin, hysope, origan, pour continuer de les cultiver dans un coin froid de la cuisine pendant l'hiver.

Et malgré mes besoin et envie de voyager, je ne retournerai pas en Europe cette année. Assumer seule toutes les dépenses de la vie dans une maison oblige à faire des choix. Je prendrai l'avion et le train l'an prochain, ou l'année suivante. Quand je pourrai.

Maintes fois j'ai dû me relever les manches pour faire les réparations indispensables et urgentes à la maison, entretenir les jardins et potagers, les fleurs, soigner les arbres, affronter et traverser les orages, les pannes, le manque, et l'hiver passé avec les longues soirées en solitaire, repeindre, meubler et décorer cette grande maison, et puis me débattre avec les projets d'écriture tout en continuant malgré le doute les différents cahiers de mon journal, public et privés.

J'ai pu recommencer à travailler peu à peu en n'acceptant que des tâches qui laissent le corps et l'esprit libre, et libre de faire de mon temps ce que je veux ou peux en faire. J'ai eu de la chance, je n'ai pas cherché de travail et on m'en a offert : rédaction, supervision de manuscrits, révision et correction, animation et lectures, éditique. Si je faisais un peu de publicité je pourrais travailler davantage, mais je remets toujours au lendemain. Et puis je donne du temps à la bibliothèque municipale, ce que j'adore parce que je peux y passer des heures avec les livres, et que j'y rencontre des gens qui lisent et qui aiment à parler de leurs lectures.

Une date anniversaire, c'est l’occasion de le fêter, ce Journal, mais aussi et surtout de faire le bilan. Et principalement, vous remercier de le lire.

Veglio, penso, ardo, piango e chi mi sface
sempre m'è innanzi per mia dolce pena.

Mis en musique par Pierre Desrochers, « Veglio, penso, ardo » est la première pièce de l'album La Sarrasine, un film de Paul Tana. Les vers sont extraits du Canzionere de Pétrarque, la célèbre poésie lyrique dans laquelle il a chanté son amour pour Laure. Traduits de l'italien, voici les premiers mots de la pièce musicale du jour, choisis pour fêter cet anniversaire :

Je vois, je pense, je brûle, je pleure et ce qui me détruit
est toujours devant moi en ma douce peine.