139. 11 septembre 2006

En écrivant le titre du dernier billet, celui du lundi 4 septembre, j'avais trouvé sans le savoir celui de mon prochain cahier.

Je n'ai pas encore déménagé le journal, j'essaie de trouver la manière de le faire sans avoir à tout recommencer à partir de zéro. Pour le moment, je reste ici, à la même adresse.

Je n'écris pas souvent en ligne ces temps-ci : je suis trop prise par mon travail, le jardin, l'écriture, la vie et tout le reste.

Soliloque me ferait aussi un beau titre pour le manuscrit sur lequel je travaille assidûment au rythme de deux à trois heures par jour quand je suis seule à la maison. Quand j'ai du monde ici, je n'y touche pas. C'est définitivement un projet qui a besoin du plus complet silence pour se construire.

Oui, à bien y penser, Soliloque serait un titre de roman tout à fait « parlant » si toutefois il n'est pas déjà pris. Je ne crois pas et je n'ai pas cherché à savoir. Je n'y ai pas réfléchi très longtemps non plus. Disons que c'est peut-être le titre du volume sept de mon journal en ligne. Et rien d'autre.

Côté écriture, les choses se corsent et se compliquent un peu. Vers le milieu de la semaine dernière j'ai fait un rêve étrange qui m'a remplie d'espoirs et de confiance. Dans ce rêve je rencontrais coup sur coup deux écrivains : le premier essayait de me faire peur en se jetant sur moi de tout son poids et couvert de sang, faisant semblant d'être mort de sa belle mort comme un gros bébé phoque tout mou et je le regardais, découvrais la supercherie et je le repoussais doucement pour me dégager avec une petite peur, comme un réflexe normal de protection, et ensuite plus rien, l'indifférence, aucun sentiment ; et c'est après ça que le deuxième homme (écrivain et directeur littéraire de la maison d'éditions x) arrivait, très doux. Il s'installait simplement sur le pied de mon lit, il avait lu le manuscrit d'Épiphanie et il me donnait ses impressions, il se montrait très encourageant, il me disait que le roman avait été retenu pour publication et il me suggérait de modifier certains aspects du récit puis, au sujet de la narration, il me conseillait de faire comme si le narrateur racontait l'histoire juste pour moi et que cela serait la meilleure façon de la raconter à tout le monde. Ce n'était qu'un rêve, mais ça m'a fait du bien, c'était le premier rêve depuis longtemps, qui n'était pas tapissé d'angoisses mur à mur.

L'un des nombreux problèmes que j'ai rencontrés avec Épiphanie ou Les délires autobiographiques d'Anna von Miller c'est que le roman ne contient pas une seule histoire mais plusieurs et il était, semble-t-il, « trop long » avec des parties faibles et d'autres très fortes et « lumineuses ». On m'avait donné le choix d'étoffer la version longue, ou d'en faire une mouture plus courte. Je l'avais donc charcuté et réduit à 150 pages en l'espace de deux semaines, et c'était de la pure folie, mais j'étais très pressée d'en faire un livre, portée par la promesse que m'avait faite un éditeur de Montréal de le publier au printemps 2004. L'homme avait par la suite changé d'avis pour des raisons que je préfère ne pas dévoiler et, comme il l'avait écrit dans une longue lettre datée du 22 juillet 2003 : « ...il s'agit d'une décision que nous avons prise en ne nous basant aucunement sur la valeur littéraire de l'ouvrage en question », qu'il qualifiait par la suite d' « excellent roman », et « d'un roman littéraire qui serait en mesure d'intéresser un public plus large que les convenus "happy few". » Bouleversée et déstabilisée par ce revirement inattendu, j'ai par la suite fait une autre version, un squelette de roman que moi-même je trouve moche et que d'autres éditeurs ont refusé bien entendu, et ensuite je l'ai rangé au fond d'une boîte rouge avec mes lettres de refus et la ferme intention d'en faire mon deuil.

Il se passe un drôle de phénomène. Depuis que je me suis levée le matin de ce rêve-là, j'y pense chaque jour, j'ai relu la version longue d'Épiphanie, avec l'envie forte de tout remettre en chantier et de me vautrer dans l'extrême folie et les obssesions de ces personnages-là que j'avais mis en présence pour les faire s'aimer et s'entre détruire jusqu'à la lie, ce qui donnerait un gros bouquin d'au moins sept ou neuf cent pages. Je suis très très attirée par l'exercice, et dans ma tête, quand je travaille dans le potager ou que je fais mes longues marches sur la route verte longeant le fleuve, ça écrit tout le temps.

En même temps, je suppose que j'aurais besoin d'un mentor, du support d'un écrivain que j'estime, comme le deuxième homme du rêve, quelqu'un capable de me respecter. J'ai besoin d'encouragements et que l'on croie en moi. Mais il n'y a personne au quotidien. Je suis seule et je soliloque. Je dois apprendre à devenir mon propre mentor. Parce que les deux écrivains de mon rêve sortent tout droit de ma boîte à images nocturnes : si j'ai pu créer les deux, il n'en tient qu'à moi de faire vivre celui qui m'aide à progresser et de laisser l'autre s'agiter dans son coin avec ses simagrés destructeurs.