138. soliloque

Mes pavots « Ziar » [papaver somniferum] ou pavots à pâtisserie sont en fleurs depuis hier. De couleur lavande pâle avec un coeur rose foncé presque pourpre. Je les avais semés le lundi 26 juin, si je me fie à mon grand cahier du jardin. Il aurait fallu que je mette les précieuses graines en terre en mai. J'ai brouillé les pistes, joué avec le temps : le croissant des vivaces n'était pas bêché donc pas propre ni prêt ni encore nid douillet. Mes érables ont déjà des feuilles rougies et tombées. Les églantiers portant fruits. Je mets mille buches de bouleau et d'érable dans la cheminée à brûler et c'est l'après-midi et dehors le temps est encore doux avec plein de tomates vertes, jaunes, orange et rouge timide, et des courges et des melons ronds pas mûrs, des petits concombres en forme de citron à la pelure bien piquante et des pommes de terre qui grossissent silencieusement dans la terre et des framboises lourdes et rouge sang au bout des branches [et des pâtissons - des cornichons]. J'entends ici et là des commentaires à propos des saisons. J'entends dire oh ça se peut pas comme j'aime l'été, il fait chaud, le soleil brille et on se sent bien mieux en été, pas besoin de s'habiller, on peut vivre dehors. Et j'entends répondre ah mais non, moi je préfère de beaucoup le printemps pour la douceur du temps et pour le réveil de la natu-u-re, pour la flore raison et les belles pluies plourdes d'eau douce, thuyas pensé un peu ? Mais non, l'autre frileuse endive d'à côté elle aime bien mieux l'automne, ou l'hiver, pour toutes les monotones moutonneuses raisons qui s'y rattachent : le froid à combattre, la chaleur du lit et des châles de laine, la vie en pantouffles. Mais moi, et moi ? Je ne le sais même pas pour moi. Alors je me suis posé la question excellentissimement existentielle : mais quelle est donc ma saison préférée ? Ne trouvant pas là matière apte à plausible réponse, une autre question m'a aiguisé le point d'interrogationne]ès[ : ai-je jamais considéré une saison comme étant ma « préférée » par rapport à une autre juste à cause de la température extérieure ou du temps qu'il fait ? Meuh non, enfin fond, je crois croire que non. Et je serais-je portée à me répondre que nenninon et non. Je les aime toutes. Sauf que mes meilleurs jours, je les ai toujours vécus quand une saison finissait et qu'une autre commençait, peu importe le point de la planète où je me trouvais à ce moment-là. La voilà peut-être ma saison préférée, quelque chose comme une non saison, une manière d'antre creux croquant sa queue entre deux mondes encore à créer qui se coulent et s'étirent en dessous du fleuve saint-laurent avec de la neige sur la grève et sur le toit rabougrimouche des appalaches montaigneuses, et aussi de la pluie et des orages ange avec du vent et de la brûle brume enroulés entournés autour d'un long long bec d'arc en ciel au miel. Mais ces saisons-là, j'en entends jamais parler. Ou peut-être que si et que non et qu'aussi que ma saison préférée, elle est intérieure, et bien cachée.