137. les désarrois de l'élève Strohem

Mon écriture avance, mais ça gruge de partout. Je passe le plus clair de mon temps à lire, à manger et à dormir. Samedi et dimanche, j'ai rongé l'énorme Plexus de Miller. Hier j'en ai commencé sa lente et industrieuse digestion. Pas encore trouvé où puiser le courage de recopier les passages à retenir, dont j'ai noté les numéros, ainsi que quelques indices pour m'y retrouver, sur une grande feuille blanche toute barbouillée de confitures et de moutarde. Sauf ce matin, ici et bien reposée, je veux faire l'effort de mettre par écrit quelques bribes de ma récolte.

Pour commencer : une association libre et instantanée entre les mots « déclin » et « décadence ». Suis tombée dessus et sur ce tableau de Couture, que l'on dit libre de droits [j'aime le croire], il y a quelques minutes sur wikipedia.

Thomas Couture : Les Romains de la décadence

Je reprends du début. Dans Plexus, j'ai noté le titre de trois des nombreux livres que Miller mentionne à grands renforts de citations et de commentaires élogieux. Les trois qu'il m'a donné envie de lire. Il s'agit de :

  • l'Autobiographie, de Herbert Spencer [1889]
  • Histoire de l'art. L'esprit des formes. L'art antique, de Élie Faure [1909]
  • Le déclin de l'Occident, de Oswald Spengler [1916]

J'ai trouvé et téléchargé très facilement deux bonnes éditions des deux premiers en format pdf. Je pourrai ainsi les étudier tranquillement et imprimer les pages que je veux. Magie de l'Internet, merci. J'ai cherché un peu dans le web, mais Le déclin de l'Occident n'a pas l'air d'avoir été numérisé. Je vais essayer de le trouver à la bibliothèque, sinon le commander.

Mais revenons à cette histoire de « décadence ». Il y a quelques mois, en lisant Mort dans l'Après-midi, d'Hemingway, j'ai buté sur la définition qu'il en fait, lumineuse. J'ai été un peu étonnée. Car, sans jamais avoir cherché le mot dans le dictionnaire ni étudié de près la question de la décadence, je l'associais d'emblée à quelque chose de dégénéré, à un relâchement de la morale et des moeurs, et aussi au déclin ou à la déchéance, sans faire de lien avec ses causes. Hemingway écrivait donc dans ce livre, en 1938, que le mot « décadence » avait perdu sa signification. Je cite :

...la décadence dont je parle [...] s'applique [...] à la déchéance d'un art complet, due à l'excessif épanouissement de certains de ses aspects.

Et plus loin sur la même page [113] il ajoutait :

...décadence est un mot difficile à employer, car il est devenu, ou guère plus, un terme abusif appliqué par les critiques à tout ce qu'ils ne comprennent pas encore ou qui leur semble s'écarter de leurs concepts moraux.

Exactement ce que j'avais toujours fait, probablement un sens gobé d'emblée dans des discussions, journaux et livres, sans réfléchir comme pour la plupart des mots que nous utilisons sans y penser. Qu'en dit le dictionnaire ? Qu'est devenu ce mot dans sa signification moderne et actuelle ? Pas le temps de chercher davantage ce matin, déjà 11 heures et j'ai des milliers de choses à faire aujourd'hui ; la page « les désarrois de l'élève Strohem » aura donc une suite demain. Si je continue de regarder ce tableau, démêler tous ces concepts ne sera pas évident.