133. ville verte

rue saint-grégoire, trou d'eau verte derrière une grille bleue, le 13 août 2006

En ville depuis je ne sais plus exactement quand. En fait je le sais mais je ne regarde plus le calendrier. Je suis partie le lendemain de ma randonnée pour voir les sept chutes de Saint-Pascal et ce jour-là j'ai marché un bon 12 kilomères en montagne, le temps était magnifique.

Je ressens comme un petit vertige, un peu étourdie par le continuel et tonitruant bruissement ambiant, dans les rues de Montréal. Mais j'aime ça. Autant j'aime et apprécie le silence, autant j'ai besoin du bruit de la vie qui se débat.

Dans la maison, je savoure le calme du petit matin. Ça dort encore, et les deux matous vont à leurs petites affaires de chats. Ils viennent de temps en temps mettre leur museau curieux sur le bord du matelas pour me regarder écrire.

Je squatte le grand sofa lit d'un salon double, au rez de chaussée, dans l'ex logement de D., Plateau Mont-Royal. Il y fait parfois plus sombre le jour que la nuit quand la pleine lune s'insinue entre les feuillages serrés des grands érables et des vignes vierges qui s'agrippent aux fenêtres.

Plusieurs de ses livres, revues, disques, cd et dvd recouvrent encore les murs du plancher au plafond, je me suis vautrée là-dedans à la lueur des bougies, comme dans une caverne d'Ali Baba.

Ici, il y a encore des meubles et des objets qui étaient chez-nous dans le temps et une antique chaise berçante en rotin dans laquelle j'ai bercé, allaité et endormi le dernier bébé. Toutes ces choses ravivent un peu le mal de coeur, les souvenirs d'avant et le trou noir quand D. est parti, ce fol arrachement que je ne comprenais pas mais qui m'aura permis de découvrir qui je suis et où je veux aller.

Et le temps a passé par dessus un peine d'amour trop grossse pour moi, comme une pluie d'été lente et lourde, infinie, sur un champ de blés murs.

Je n'oublie pas, j'ai juste un peu moins mal et j'essaie de croire encore à l'amour, si ça se peut avec un autre que lui, et ça ne marche jamais. J'aimerais rester plus longtemps, mais je dois rentrer demain.