128. couleur chair

À trop vouloir courtiser la couleur afin de donner une forme de classement aux thèmes récurrents de ce journal, je fais de jolies découvertes. Seulement avec ma chère couleur chair m'est apparue toute une chaîne sémantique qui s'est enroulée autour de mes deux poignets comme pour m'attacher à elle avec une paire de menottes, de nombreuses locutions, plus quelques homonymes qui si on n'y fait pas attention, peuvent être confusants.

Par ailleurs, j'ai découvert la toute première tomate rouge hier mine de rien en cueillant des pâtissons. Elle était si bien dissimulée sous les feuilles que je me demande où elle a bien pu prendre son soleil pour mûrir. On dit de couper les drageons [petites pousses qui naissent entre deux branches] des tomates et je ne l'ai pas fait, vais-je m'en repentir ? Jusqu'ici, je ne vois que des plantes fleurissantes et florissantes donc en pleine santé : feuilles vert foncé, nombreuses petites fleurs jaunes et fruits ronds ou ovales [selon les variétés] de toutes les tailles et de toutes les teintes de vert. Moi qui voulais écrire sur la chair, qu'est-ce que je vais bien pouvoir faire de ce vert... un habile virage ?

basilic, pâtissons et première tomate rouge, le 2 août 2006

Comme tu vois lecteur, je suis coincée dans mon potager, et si tu n'en as pas assez lu, si tu n'en as pas encore assez vu, alors je continuerai à m'y embourber pour te raconter que la chair du pâtisson est très blanche et délicate et que son goût rappelle un peu la courgette mais en beaucoup moins fade et tellement plus ferme, on dirait presque le goût et la texture du coeur d'artichaut. Le nom du pâtisson viendrait de « pastisson », et serait apparu vers 1775 : de pastitz => pâté. On l'appelle également artichaut d'Espagne ou bonnet de prêtre [selon mon petit Robert]. Voilà que je me suis encore sournoisement éloignée de mon sujet en chair et en os et j'en ai la chair de poule, très cher lecteur. Comment y revenir cette fois sans perdre le fil, sans verser dans un texte ni chair ni poisson ? Descendre me servir un deuxième café et monter finir la page plus tard ? Pas facile certains matins de garder le cap. Hier soir tard, passé minuit, j'ai fini de lire Les âmes mortes. S'il y a un seul livre au monde que j'aurais dû ouvrir en premier pour tenter de comprendre l'âme humaine, le premier des premiers, c'est bien celui-là. Mais peut-être je n'étais pas prête.

J'ai pris beaucoup de notes sur la couleur chair. Pour tout à l'heure.