116. petit matin

Couchée à 9 heures, je me suis levée à 7 h 30 bien reposée et en forme. Je lis le volume 2 des Lettres à Sartre. J'en suis à mars 1940, et hier soir je suis presque tombée endormie dans mon livre vers 9 heures et vingt. Fatigue pure. Ces lettres m'intéressent toujours autant, en fin de compte c'est la plus bienheureuse lecture de mon début d'été. Le roman policier n'en était pas un... ce livre, Musique barbare, d'Agatha Christie est un roman que l'on dit autobiographique, assez ordinaire et trop long, mais je l'ai lu tout de même bien installée dehors - à l'ombre. Je n'avais lu de Beauvoir que ses livres sérieux tels La vieillesse et Le deuxième sexe, et je ne sais plus quels autres. Ses lettres m'intéressent parce qu'elles me permettent d'en apprendre un peu plus sur la femme et l'écrivain, sa vie durant la guerre et ses idées, ses amours, bref je découvre un personnage fort attachant. Très drôle aussi. Elle avait des « liaisons » avec un jeune soldat [Bost] et avec des femmes à Paris, dont l'une était en même temps la maîtresse de S. et elle lui racontait tout à lui, enfin presque. Je m'arrête parfois de lire pour rire à cause de cette façon incroyable qu'elle a de dire les choses. Par exemple, le 12 janvier [1940] elle écrivait : « On est donc rentrées vers 11 h. chez Védrine — étreintes — s'il faut tout vous dire, elle avait outre l'ordinaire odeur rousse de son corps une puissante odeur fécale qui a rendu les choses assez pénibles — pour l'amitié avec elle, passe encore, mais les rapports physiques me sont des plus déplaisants. » Beauvoir finissait les confidences sur les rencontres avec ses amantes par un inévitable : on a bien dormi. Ces lettres ont le mérite d'être très spontanées, et vibrantes, et elles en disent beaucoup plus long sur la personne qu'une autobiographie ou une biographie, qui s'attachent, la plupart du temps, davantage aux apparences et à la légende personnelle, sociologique ou historique qu'à l'être.