111. le chant du monde

– Le large, dit Toussaint. La vie. La règle. L'amour c'est toujours emporter quelqu'un sur un cheval.

– On est là pour ça, dit Antonio. Un peu de calme.

[...]

« Le cheval, dit Antonio, qu'est-ce que tu voulais dire ? »

L'énorme feu repu élargissait silencieusement ses braises épanouies.

« Quand un Maudru meurt, dit Toussaint, le dicton c'est qu'un grand cheval galope là-haut sur le sommet des montagnes.

– Et alors ?

– Chaque fois il emporte quelqu'un.

– Oû ?

– Savoir ! Oû veux-tu ? Le fait est qu'on les trouve des fois morts en bas des pics. Ou bien envolés, plus de marques.

– Des contes, dit Antonio. [...] »

Jean Giono, in Le chant du monde.