107. où je suis

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Je me suis couchée tôt hier soir, et j'ai lu dans mon lit une cinquantaine de pages des lettres de Simone de Beauvoir à Sartre. J'en suis toujours au volume 1 : lettres écrites depuis 1930 jusqu'en 1939. Dans ses lettres, « Castor » donne à Sartre des noms affectueux comme « cher petit être » ou « mon doux petit mari », et toujours le vouvoiement, c'est délicieux. Et elle a des expressions tout à fait craquantes, par exemple : « ...j'ai eu votre première lettre ; ça m'a un peu humidifié le coeur, quand je pense à votre petit être de chair et d'os avec son treillis, son calot, je deviens humide ; [...] » Je ne sais trop s'il faut lire au pied de la lettre toute cette « humidité », mais j'aime. Elle lui raconte ses lectures, ses sorties, tout ce qu'elle fait à Paris, et les alertes et les réveils en pleine nuit pour se rendre aux abris, elle décrit un peu les gens qui sont là, des inconnus, et les bombardements qu'elle nomme « la breloque », ça donne froid dans le dos.


J'aime lire les lettres de madame Simone de. On dit que Beauvoir les a longtemps cru perdues mais elles étaient chez elle, au fond d'un placard. Elles ont été retrouvées par Sylvie Le Bon de Beauvoir, en novembre 1986.

J'ai pris beaucoup de retard dans mon journal en ligne. Je n'ai pas beaucoup écrit dans mon journal papier non plus. Deux ou trois fois. J'imagine que j'avais besoin de vacances et que j'étais ailleurs, guérie pour un temps de ma maladie incurable du journal. Où suis-je depuis le 19 juin ? Un peu partout. Et ici, dans cette maison. J'ai butiné dans les sentiers en montagne, et sur les grèves de Kamouraska, de la Rivière-Ouelle, et sur les bâtures de Saint-André, j'ai marché de longues heures. Les églantiers sont en fleurs, les odeurs tenaces, le vent doux et les marées grugent et ravagent les rives au grand désespoir des riverains. Sans faire d'images, j'ai marché au bord du fleuve chaque jour, quand il ne pleuvait pas trop fort. Et puis le 20 ou le 21, j'ai accepté un contrat de révision ce qui fait que j'ai beaucoup travaillé à la correction et à la mise en forme d'un manuscrit ; j'y ai mis le meilleur de mes énergies, pour ne pas dire le nectar, et enfin hier j'ai fini d'imprimer toutes les pages, de la première à la dernière et puis les pages index et tout. Avant-midi je serai libre de rouvrir mon manuscrit à moi pour continuer de transcrire le roman que j'ai laissé dormir un peu, ça ne lui aura pas fait de tort, j'espère. Et je n'oublierai pas de relire et corriger pour la énième fois le premier volume du journal avant de le confier à l'imprimeur.

la montagne ma voisine_30.06.2006

J'ai passé un peu de temps au jardin, ça pousse bien. De beaux moments à jaser avec mes voisines par-dessus la clôture. J'ai commencé à broder une nappe pour la table du jardin avec du beau coton, je fais une surpiqûre tout autour avec du fil rouge en flirtant avec ma voisine la montagne qui se fait toute belle et mystérieuse les matins de brume. C., le petit-fils de la vieille dame, ma plus proche voisine, a mis un petit élevage de 45 « coqs à chair » dans une remise qui se trouve à l'emplacement de l'ancienne grange maintenant démolie. Ça se trouve derrière chez moi, mais ce champ n'est pas à moi, il appartient à la grand-mère. Il y a plus de trente ans, ma maison lui appartenait et c'était une grande ferme ici et elle y a habité et élevé toute sa famille.

poussins_30.06.2006

Je visite les poussins de temps en temps et je leur pose des questions sur l'avenir du monde. Ils me répondent de leur mieux. Ils grossissent très vite et C. les nourrit avec du bon grain ; quand ils seront assez gros il va leur couper le cou et les plumer pour en faire de la viande à manger. Pour le moment ils sont jaune pâle, mais je crois qu'en vieillissant ils seront blancs et il paraît qu'ils vont même chanter comme des vrais coqs, mais castrés pour qu'ils fassent plus de chair. C'est pour ça qu'ils les appellent des coqs à chair, je n'avais jamais entendu cette expression. Chez nous on disait des chapons. Ma mère n'élevait pas de chapons, mais des poules et des poulets et elle leur coupait le cou avec un grand couteau [pour les manger]. J'ai bien réfléchi et je sais que je serais tout à fait incapable de tuer une poule. Ou un coq. Pour faire ça, il faudrait que j'aie très faim et qu'il ne me reste plus un légume ou un fruit ni même un petit bout de pain à manger. Je crois que je pourrais survivre très longtemps juste avec du pain.

futur bbq_30.06.2006

erable+30.06.2006

Un de mes trois vieux érables est mort de sa belle mort. Pas une seule feuille n'a poussé, il n'a pas survécu à l'hiver. Les corneilles l'aiment bien quand même, je leur laisse comme perchoir.

Mais il va falloir que je m'occupe de le faire couper un jour car les branches touchent aux fils électriques et quand il vente, j'ai des petites pannes de courant. Mais ce n'est pas bien grave. En attendant, je courtise mon amie la corneille. Il y a aussi un pic bois, il s'installe là de temps en temps et il picosse toute la journée. Et si vous étiez là, vous que j'attends, je pourais dire que je suis tout à fait heureuse.