92. bouquets de pluie

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« un brin de myosotis sauvage cueilli sous la pluie du 18 mai 2006 »

Je suis en période de récupération, comme un chat j'ai besoin de sommeil et de refaire mes forces. J'ai dormi toute la matinée, bercée par la musique de la pluie sur le toit. Petits toc toc doux. Et le vent, un peu moins rassurant. Pas au point d'engendrer la peur. Avec le froid, j'ai dû recommencer à faire des feux de cheminée, hier toute la journée ça a brûlé. Pas trop désagréable le climat, le dehors. J'aime bien les grandes pluies de printemps et le bon air froid qui tonifie. C'est plutôt l'intérieur qui ne suit pas, je me sens toute bizarre, comme déphasée, ou en marge, en dehors de je ne sais quoi.

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Je me suis habillée chaudement avec un manteau de pluie et des bottes, un foulard de laine autour du cou [vert lime] et je suis sortie cueillir quelques fleurs sauvages avant que le vent ne les arrache toutes. Il n'y a plus un seul pissenlit, mais les tulipes [toutes jaunes sauf deux qui sont roses], qui ne se sont ouvertes que dimanche jour de la fête des mères, se font secouer le colibri. Elles tiennent bon mais parfois j'ai l'impression qu'elles vont s'envoler. Je devrais me secouer et aller faire un tour au café, voir des gens et puis reprendre cette page à mon retour, continuer. J'apporterais mon livre sur les fleurs sauvages pour essayer d'identifier cette petite fleur blanche à quatre pétales avec des feuilles allongées et veloutées. J'apporterais aussi un carnet, parfois il n'y a personne dans ce café. Ira, ira pas ?

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Ils sont vraiment petits mes myosotis. La fleur mesure moins de un cm. Et ils sont peu nombreux, éparpillés autour des tulipes. Sur la photo des tulipes, on peut voir le bas de la haie qui isole assez bien mon jardin de celui du voisin et aussi la rhubarbe, tout en bas, elle pousse vite, en trois grosses talles, je pourrai faire des desserts et plusieurs pots de confiture. J'ai hâte. C'est ce que j'aime de ces pluies, elles font démarrer la végétation pour de bon. [toutes les images sont cliquables sauf une]


C'est vendredi et j'écris sur la page d'hier pour dire que je ne suis pas sortie. Pas eu la force de me préparer pour aller m'asseoir quelques heures dans ce café. Trop fatiguée. Couchée tôt, j'ai encore dormi tard. J'écris sur la page d'hier et cela n'a aucune importance. Aucun intérêt à part celui de signaler un état d'épuisement avancé. Presque catatonique. Il fait encore froid dehors et il ne pleut plus. Du brouillard partout sur les arbres, l'herbe et les fleurs timides. Aussi froid qu'en dedans. Si je n'ai pas l'amant pour me réchauffer le coeur et le corps, c'est que j'ai congédié le dernier, et l'avant-dernier, et l'avant avant-dernier. J'ai voulu être seule pour écrire. J'y suis. Et ce n'est pas de l'ennui, ni même de la tristesse nauséeuse maintenant, non je ne suis pas triste encore moins en colère, ni amère de frustration ou de ressentiment, je ne ressens rien d'autre qu'une immense, une ample, colossale, considérable, cyclopéenne et démesurée, une effrayante, éléphantesque, énorme, étendue, extraordinaire, extrême, formidable, folle, géante, gigantesque, grande, grandiose, grandissime, grosse, illimitée, immensurable, imposante, incalculable, incommensurable, indéfinie, infinie, insensée, interminable, longue, monumentale, prodigieuse, profonde, sans fin, sans mesure, spacieuse, titanesque, une vaste et violente fatigue mammouth. Pas la force d'ouvrir une autre page pour écrire la page 93 du vendredi 19 mai et cela n'a aucune importance ni pour moi ni pour personne. C'est vendredi.