83. des mots, une chanson, une image

Hier, cette histoire de l'aigle et des mots signés dans le ciel par les outardes. Et puis ce matin, à mon réveil, je crois entendre la voix de mon père qui chante Gai lon la Gai le rosier du joli mois de mai et il chante toute la chanson jusqu'à la fin, et chacune des paroles je m'en souviens. Je me vois assise sur ses larges épaules et je commence à chanter avec lui mais je ne peux pas le suivre bien longtemps, ma voix s'éteint dans la chanson du sommeil et je songe c'est un signe, ce rêve est important.

Et puis tout à l'heure en rangeant l'armoire du bureau, je vois une photo sur le plancher. Une seule. Elle n'était pas là hier et personne n'est venu ici. Je la ramasse, qu'est-ce qu'elle fait là ? Aucun souvenir de qui figure dessus, qui l'a prise, où et quand. Le noir. Elle a dû tomber de la grande boîte où je les conserve presque toutes en vrac. Je regarde le groupe d'enfants qui traverse la rue, où s'en vont-ils avec un plus grand qui les suit ; ils portent des tuniques longues de séminaristes, ce sont des inconnus, très jeunes, probablement rencontrés dans une ville d'Espagne, et la photo doit bien être de moi, puisqu'elle est un peu floue et prise avec un vieux Kodak Instamatic.

Je recueille soigneusement le moindre signe du hasard, les traces. C'est pour le journal. Alors j'ai numérisé la photo pour qu'elle se pose ailleurs qu'au fond d'un carton. Dommage, l'opération lui a fait perdre de la lumière et tout son le brillant, plus quelques détails. Déjà presque une heure trente. Rien mangé depuis l'aube. J'ai faim.

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Si j'ai faim et que je ne sais pas quoi manger, je ne mange pas tout de suite, j'attends. J'attends d'avoir très très faim, et à un moment donné la faim me dit ce qu'elle veut que je mange.