81. crabe et papillon

Depuis deux jours, je me suis comme qui dirait plongée dans Leçons américaines, de Italo Calvino. J'ai toujours le coeur qui bat un peu plus vite quand je touche ce livre que je n'avais jamais pu lire que par petites tranches de trois à quatre pages. Parce que c'est d. qui me l'avait offert pour mon anniversaire quelques années après notre rupture. C'était dans les premières années de mon bac en études littéraires et il m'avait, ce jour-là, écrit quelques souhaits concernant mon choix des Lettres sur une carte que j'ai longtemps laissée entre les pages de Leçons, en guise de signet. Et puis un jour j'ai rangé la carte avec les autres, entre ses lettres, ses petits mots coquins, et les courtes rimes qu'il écrivait sur des cartons de couleur, le soir de notre rencontre. Ensuite il les plaçait un à côté de l'autre dans la poche intérieure de sa veste, côté coeur.

festina_lente.jpg

Au chapitre sur la rapidité [la 2e conférence], Calvino raconte que dès sa jeunesse il a choisi la devise « Festina lente », qu'il traduit par « hâte-toi lentement », davantage pour le pouvoir de son emblème que pour les mots. Il écrit : « j'ai toujours préféré les emblèmes qui rapprochent des figures incongrues et énigmatiques comme les rébus. Tels le papillon et le crabe qui, au XVIe siècle, illustrent Festina lente dans le recueil d'emblèmes de Paolo Giovio : bizarres l'une et l'autre, l'une et l'autre symétriques, ces deux formes animales établissent entre elles une harmonie inattendue. » Comme on trouve de tout dans l'Internet, j'ai déniché le crabe et le papillon de Giovio dans l'Atlas d'images de Mnemosyne, MIA, un fort beau projet que je n'aurais pas découvert sans ce livre de Calvino.