36. missa

2006.02.11_grille avec oiseau

2006.02.11_champ de neige à Kamouraska

Au lendemain d'une nuit tourmentée, passée à voyager avec les personnages de ce qui pourrait devenir un livre, personnages que l'on dit fictifs mais que je vois devenir jour après jour plus grands que nature, plus vivants et plus vrais, véhéments et volubiles, occupés à me renseigner sur leurs quatre vérités. J'aurais juré les avoir entendus se parler et discuter, s'engueuler et solliloquer toute la nuit. Je me suis réveillée enrhumée, une narine bloquée, l'autre qui dégouttait comme un robinet mal fermé, et je me suis levée en prenant mille précautions pour ne pas trop m'éloigner de l'inconscience du sommeil ni faire fuir les phrases écrites qui flottaient quelque part en moi, et je me les répétais afin de ne pas les oublier. Je me suis assise devant la longue table en merisier et tout ce que j'ai pu transcrire c'est une quinzaine de lignes, un petit paragraphe, et au fur et à mesure que j'écrivais, plus je me concentrais sur ces mots-là, plus les autres se levaient de moi et s'en allaient ; ils se sont élevés ainsi pratiquement tous en même temps comme une bande d'oiseaux effarouchés par le bruit. J'ai déposé le stylo, abandonné le bout de la table et le papier pour un café au lait, un concert diffusé à la radio, la Missa solemnis, op 123, de Ludwig van Beethoven, des tartines de pain aux sept céréales grillées avec du nutella et le soleil entrait à flot par les deux fenêtres, côté sud, et la neige avec des ombres chinoises couchées dessus me donnait tout en double. Et le chat.

[Les deux images ont meilleure apparence en grand format et si on clique dessus, ça fait pop. pop up. pop image. pop pop pi dou.]