27. notes

Matinée à butiner dans la paperasse ici et là. À fouiller dans les notes. Les petits mots scribouillés partout où ils n'ont pas leur place.

Je fais le tri. Ces phrases-là s'infiltreront dans le chapitre en cours. Des calculs. Des noms et prénoms inspirants sortis de nulle part pour un futur personnage, je les garde.

Cette autre enfilade de lettres et de points c'est une adresse email. Classée avec les autres. Les pruneaux et la cire pour les skis de fond seront inscrits sur la liste des courses à faire [encore].

Et ceci sur le coin d'une serviette de table en papier : « Si je n'écrivais pas, je deviendrais si légère, le vent m'emporterait. » C'est de moi ? Me souviens plus.

Et il y a une feuille blanche. Au milieu, c'est écrit : Geisha, pp. 441, 472. Relire ce qu'il y a là que je voulais noter. D'abord cet extrait de la page 441 :

– Je ne cherche jamais à vaincre mon adversaire, mais à saper sa confiance, dit-il. Un esprit envahi par le doute ne peut se concentrer sur le meilleur moyen de gagner. Deux hommes sont égaux tant qu'ils ont la même confiance en eux-mêmes.

Et maintenant celui de la page 472 :

Ce jour-là, je compris qu'il est dangereux de se focaliser sur ce qui n'est pas. Et si je passais ma vie à attendre un homme qui n'allait jamais venir, pour me dire à la fin, que je n'avais profité de rien ! Tout cela pour avoir songé au président, même dans les pires moments ? Mais si je m'arrachais à sa pensée, comment survivrais-je ? J'aurais l'impression d'être une danseuse qui répétait un ballet depuis toujours, pour ne jamais se produire en public.

Le reste de ces notes ne sert à rien : recyclage. Une vraie furie, ce vent. Enfin l'hiver est là avec ses gros froids coupants comme je les aime, et de la poudrerie. Mais trop peu de neige.