16. bouger la vie

C'est fait. J'ai déménagé le journal une autre fois, cette fois sur un vds [serveur dédié virtuel]. Ne me demandez pas ce que ça mange en hiver pour être beau de même, je l'ignore. Après moult taponages, erreurs, essais et gossages de toutes sortes, aux petites heures du matin et tard le soir, j'ai fini par faire pointer les dns [serveurs de nom] au bon endroit, puis à entrer dans mon nouvel espace web tout neuf à moi et à y installer WordPress, ensuite je l'ai reconfiguré, francisé et j'ai importé les pages et commentaires de mon petit bébé blog.

Que d'aventures chère voisine. Quoi qu'il en soit, je suis extrêmement fatiguée et un peu beaucoup désorientée. Il n'y a pas que le journal qui doit se caser quelque part pour être visible. Je ferai la même chose bientôt moi aussi : je dois redéménager.

La vie ici, tout aussi belle et douce qu'elle puisse apparaitre du dehors ne sera plus possible. Je n'ai plus de travail. Pas d'espoir ni d'envie ni d'intérêt ni d'énergie pour en trouver.

J'ai épuisé presque toutes mes économies. Mal planifié les quelques années sabbatiques que je voulais consacrer à 100% [ou presque] à mes projets de création littéraire. Je ne fais jamais assez attention avec l'argent.

Ensuite l'impôt s'en est mêlé. Ils me réclament des sommes folles. De plus, je m'ennuie à mourir de mes enfants. Je sais, ce sont des adultes maintenant, mais ils seront toujours mes petits et je ne les vois pas assez souvent [« voir » au sens de toucher, contempler, discuter, partager les bons et mauvais moments, encourager, consoler, serrer dans mes bras, partager un repas tous ensemble plus souvent qu'aux anniversaires et à Noël]. Bilan négatif sur toute la ligne. Je suis peinturée dans un coin au pied du mur, obligée de vendre la maison. Déménager again, pour la santé du coeur et du porte-monnaie.

Je n'ai pas trop envie de ce déménagement. Je ne sais toujours pas où aller. Ni à quel endroit précis j'aimerais vivre. Personne ne m'attend nulle part [je voyais tout en noir quand j'ai écrit ça : les jeunes aimeraient beaucoup que je revienne à Mtl.] Je pourrais réunir quelques affaires dans un sac à dos et partir en voyage, loin, mais comme je me connais, je voudrais rentrer au bout de trois semaines. Ou louer un tout petit chalet au fond d'une forêt, ou encore un appartement à Montréal et m'y installer.

J'ai l'impression d'être tombée un jour dans les eaux tourbillonnantes d'un torrent. Chaque fois que j'attrape une branche et que je tente de m'y accrocher, je suis pleine d'espoir et je me débats pour sortir de la rivière. Chaque fois, la branche casse et je retombe dans l'eau plooouf.

La dernière branche que je tenais a cassé hier. Je n'abandonne pas, mais je sais que j'en sortirai autrement. Cette fois je me laisserai emporter par le courant. Sans lutter, sans m'agripper, sans me débattre. Je ne veux plus de ces branches pourries qui se brisent et m'abandonnent.

Par contre, si je m'abandonne à leurs mouvements, les flots enragés me déposeront sur la berge. Ainsi, je ne perds pas l'espoir, je le déplace. Ce n'est pas à moi de bouger et de m'agiter, c'est la vie que je dois bouger.

Quelqu'un saurait-il comment on fait pour secouer sa vie comme un prunier ?