32. Guo Nian

voeux pour le nouvel an chinois

J'ai reçu cette image sur une fort jolie carte de souhaits multicolore. Je souhaite à tous les vénérables lecteurs de ce journal une bonne et heureuse et excellente et toute frétillante et sémillante Année du chien de feu rouge 2006.

Appris, grâce à mon très vieil ami Liu Zhijiang [incapable de prononcer son prénom qui n'est pas Liu, mais l'autre, je l'appelle Won Ton et ça le fait rire] que le 29 janvier 2006 est le Nouvel an chinois, une belle occasion pour les Chinois de fêter boire et manger en famille pour accueillir l'Année du chien. Et pour briser la routine de l'hiver j'ai décidé de la fêter avec eux.

Won Ton est une bibliothèque à lui tout seul, un vrai Confucius. Il connaît plusieurs légendes et histoires chinoises édifiantes y compris celles au sujet des douze animaux chinois et, dans ses affaires comme dans sa vie de tous les jours, au jeu ou pour n'importe quoi – eh oui, il joue – mais c'est pour jouer, pas une addiction, il ne manque jamais de prendre en considération les vertus augurales attribuées aux différents animaux. Il m'a d'ailleurs communiqué quelques liens vers des sites, dont le Quotidien permanent du Nouvel Observateur où j'ai déniché ceci :

Les signes du zodiaque chinois représentent 12 animaux qui se succèdent sur un cycle de 12 ans, commençant par l'année du Rat et se terminant par l'année du Cochon, qui tombera en 2007 [le Cochon, c'est mon animal à moi, héhé]. Ce week-end, l'année du Coq laisse la place à l'année du Chien.

Le fait de manger du chien cette année, comme cela se fait couramment dans l'Empire du Milieu, risque-t-il de porter malheur ? Non, répond-on dans la province de Jilin (nord-est). "Les habitants de Jilin mangent traditionnellement du chien en hiver, la viande canine étant bonne pour la santé", affirme un restaurateur de la ville de Chaoxian. "Personne ne s'est jamais plaint de manger du chien pendant l'année du Chien", "si c'était le cas, on ne pourrait pas manger de cochon l'an prochain...".

Won Ton est d'avis, lui aussi, que la viande de chien est délicieuse. Pour ma part, je n'ai jamais eu l'occasion d'y goûter. Même à Montréal et à New-York, dans le quartier chinois, je n'ai jamais vu de chien aux menus des restaurants mais comme souvent ils ne sont qu'en chinois, on ne peut pas savoir s'ils en servent. Ici, les chiens ne sont pas tenus en laisse et ceux des voisins viennent régulièrement faire leur tournée de reconnaissance autour de ma maison, ils fouinent sur le terrain, montent sur la galerie, font peur à Lubie, et mangent un peu dans le compost, même si je n'y jette jamais de viande, ils doivent aimer les épluchures de légumes et autres restes de table ; ils se promènent partout sans aucun accompagnement. Un seul n'est jamais venu et c'est probablement parce que j'ai peur de lui et il est très gros et il jape très fort et il fait sa ronde tout le temps près d'une maison voisine, je suis certaine que c'est un bon chien de garde très méchant et dressé pour mordre les intrus ; je l'ai vu en revenant de ma randonnée en raquettes hier et il m'a fait peur, il a une tête de vrai loup et il jape tout le temps trop fort quand je passe devant cette maison, un son qui glace les os. En fait, c'est probablement un chien-loup. Pas rassurant. Je n'ai rien contre le fait que les asiatiques mangent du chien. Je n'aime pas les chiens en général. Je peux aimer un chien x s'il s'approche de lui-même doucement mais pas s'il me saute dessus et je peux l'aimer s'il a envie de devenir mon chien, par exemple et qu'il y ait possibilité d'apprivoisement mutuel. J'ai en déjà eu un quand j'étais petite et il est mort tout de suite, je l'ai eu une journée et deux ou trois jours plus tard je ne me souviens plus, quand je suis revenue de l'école, il était déjà mort, ils ont dit qu'il s'était fait frapper par une voiture. C'était mon petit Pompom frisé noir et je l'ai adoré tel que je l'ai vu, mais je n'aime pas les chiens en tant que chiens, ni même d'ailleurs les chats en tant que chats. J'aime Lubie la chatte, mais pas tout le temps. Quand elle est trop tanante, je lui dis que je vais la faire cuire et la manger en ragout, mais elle sait bien que c'est juste pour jouer.

Mais trêve de babillage, reprenons le sujet du Guo Nian. J'imagine que comme moi, un lecteur aime qu'un auteur écrive de temps en temps des légendes et des contes pour briser la monotonie monocorde du récit qu'il raconte dans son journal, alors voici, telle que je l'ai entendue de la bouche même de Won Ton au téléphone, hier soir, la légende du Nian :

Le Nian était un terrible monstre, un animal féroce qui descendait de ses lointaines montagnes la veille du premier jour de l'année. Il mangeait les animaux et même les humains, bref, tout ce qu'il trouvait sur sa route lui servait de nourriture car il était très très affamé. Tout le monde avait peur de lui et fuyait devant lui jusqu'au jour où on découvrit que l'animal était terrorisé par le rouge, le feu et le bruit. L'année suivante, pour empêcher le monstre de revenir, les villageois peignirent leurs portes en rouge, allumèrent de grands feux sur la place du village et firent le plus de bruit qu'ils pouvaient en tapant sur des casseroles et des tambours et le Nian n'est plus jamais revenu. Maintenant, on continue d'utiliser beaucoup de rouge pour les décorations et de faire éclater un maximum de pétards et même des feux d'artifice le jour du Nouvel an. Les visites que les gens se faisaient ce jour-là avaient à l'origine pour but de se féliciter d'avoir empêché le Nian de dévorer tout le village. Et c'est pour cette raison que le Nouvel an s'appelle « Guo Nian ».