136. extrait choisi

    Il lui arrivait de penser que son livre serait publié à titre posthume, dans l'état où on le trouverait sur sa table. Un comportement typique d'obsessionnel, il le savait bien. L'obsessionnel voudrait faire croire qu'il est déjà mort pour que la mort ne s'occupe pas de lui. Mais ça ne marche pas. Les obsessionnels meurent comme tout le monde. François se demandait de plus en plus souvent s'il ne souffrait pas d'une névrose obsessionnelle dans la mesure où cette névrose consiste à éviter ce qu'on désire, notamment finir un livre, de peur que ce ne soit (subjonctif !) trop agréable.
     Il avait pris des notes sur le comportement des obsessionnels, il avait recopié des phrases qui lui allaient comme un gant : l'obsessionnel n'est jamais à la place où il semble se désigner, il redoute la liberté de ses actes et de ses gestes, il a besoin d'incertitude, il doute de la confiance qu'il peut accorder à ses sentiments, on est frappé par l'érotisation de son monde et spécialement de son monde intellectuel.

[recopié fidèlement depuis Franz et François, un livre de François Weyergans, Éditions Grasset et Fasquelle, 1997]