130. par où commencer ?

premier feu du matin, le 1er novembre 2005

Enfin chez-moi. Déjà 9h30 du matin et je n'ai rien fait encore. Je suis très fatiguée et le déménagement n'est pas encore fait. Ouf. Bien sûr j'ai le droit d'être fatiguée et de me reposer un peu. La journée d'hier a été dure et fertile en émotions et en sensations nouvelles. Je veux apprendre à me lever tôt et à discipliner l'horaire de mes journées. Mais je serais plus sage si je prenais ce premier jour dans la maison pour récupérer, aller marcher dehors, lire, penser à la décoration et planifier le travail à faire, il y a des tâches qui ne peuvent pas attendre et que je ne peux éviter : rentrer et corder le bois que monsieur Bernier est venu livrer vers 17 heures hier et il faisait déjà noir, prendre une douche, m'habiller, laver la vaisselle du matin et vider le bac de cendre en dessous de la cheminée mais je ne peux pas le faire tout de suite car je n'ai pu me retenir de mettre quelques buches à mon réveil, quand j'ai constaté que plusieurs braises avaient survécu à la nuit. Incapable de cacher que j'ai passé la soirée d'hier à demi allongée sur un matelas [seul meuble meublant pour le moment cette grande pièce avec le foyer au milieu] à nourrir et apprécier le feu et j'ai repris l'écriture dans mon cahier noir après avoir étalé sur le plancher de chêne verni la trentaine de livres apportés avec moi. Journal. Le téléphone n'a été connecté que très tard, mais le portable fonctionne bien et je n'ai pas eu la moindre angoisse ni la moindre peur même si j'étais toute seule dans cette grande maison, c'est le calme qui m'a rassurée, celui que je venais chercher, aucun bruit sauf ceux du bois qui crépite et le vent dans les arbres, les craquements de la maison. L'internet fonctionne, à la vitesse de l'escargot, mais de toutes manières je n'en ai pas vraiment besoin sauf pour quelques recherches, une partie de la correspondance, et ce journal que je ne veux pas négliger. Avant, je l'écrivais directement en ligne et maintenant j'apprends à le faire hors connexion. L'exercice est différent et un peu plus ardu mais je vais m'habituer. Et puis je n'ai plus ma connexion réseau sans fil, snif.

Dans cette maison, hier, j'ai commencé à installer les odeurs qui sont les miennes et ce matin quand j'ai senti mon savon à la violette dans la salle de bain, ça m'a fait tout drôle. Bref, grosse journée, hier. Je m'étais levée à quatre heures du matin pour remplir l'arrière de ma petite Écho avec tout ce dont j'ai besoin pour la semaine et partir de Montréal avant le soleil que j'ai vu sortir de son lit avec des allures folle de grosse orange, je peux bien être fatiguée par tant d'émotions, des sensations toutes neuves et celle, retrouvée, du vent du fleuve sur ma peau, par les beaux moments vécus chez le notaire [homme charmant et plein d'humour] d'où je suis sortie avec une pile de documents [tous les précédents actes de vente et c'est un peu l'histoire de la maison, des trois ou quatre personnes qui en ont été propriétaires, en fait] et ensuite, ici, pour une dernière visite avec le couple des vendeurs, pour faire le tour du terrain et de la maison de la cave au grenier, pour nommer chaque arbre et chacune des plantes, constater que le vieux rosier jaune a été abattu par le dernier grand orage de la semaine dernière et toutes sortes d'autres détails importants que je devais apprendre pour mieux connaître cette maison et apprivoiser la manière d'en prendre soin, voir aussi comment les machines fonctionnent et comment les entretenir. Je devrai acheter ou fabriquer trois bacs à compost en bois, car ils les ont apportés, j'étais un peu déçue car les trois tas de compost se retrouvent maintenant étalés sur le sol derrière la remise, mais comme nous n'en avions pas discuté, j'avais pris pour acquis qu'ils allaient rester là. Et puis le jardin, il y a du travail à faire et je n'ai pas apporté les livres de botanique, savoir comment déplacer les fraisiers et couper la lavande, tailler les arbustes, les fines herbes sont encore vertes sauf la coriandre, même la menthe est bien verte et fraîche, je vais en couper aujourd'hui et la mettre à sécher pour faire de bonnes tisanes cet hiver, penser à faire une photo du vieux rosier, je me demande si son bois serait bon à sculpter ou à brûler. Je n'ai pas la télévision et c'est parfait. Par contre, je pourrais difficilement me passer de la radio, pour la musique. Hier soir je suis sortie acheter un peu de choses à manger et en revenant j'ai vu une belle mouffette qui marchait au bord de la route.

Pour le moment, la grande question est : par où commencer ?