129. bouillons de surface

Connaissez-vous l'histoire du blogueur qui s'est transformé en grille-pain ? Non ? Moi non plus.

Épuisée par les préparatifs du grand déménagement, j'avais beau me creuser les neurones, je ne trouvais rien d'un peu croustillant autant qu'insignifiant [comme de coutume] à écrire dans ce journal et puis cette phrase salvatrice s'est imposée, autant l'écrire ; vous avez l'art d'écrire des incipits magnifiques, mais faut pas laisser tomber le lecteur après disait l'autre endive ; je me demande bien pourquoi je pense à lui ce matin, soit il a décidé d'écrire un blog [mais non, ils disent un bloGUE, t'es sourde ou quoi], soit il s'est transformé en grille-pain, mais pas les deux tout de même, quelle histoire.

Argument 1. Que voulez-vous, j'ai passé la semaine au fond de la maison, dans la pièce qui me servait à la fois de salle de lavage, de chambre à fournaise, d'atelier de menuiserie et bricolage, de lieu d'entreposage pour les poubelles attendant le jour fatidique de la cueillette, de salle de toilette pour le chat, et en même temps de local à débarras, que j'appelais fort amoureusement et courtoisement mon « coqueron ». Et les abat-jour, les vieux grille-pain qui grillent plus rien. Bref, je n'entrais plus là-dedans que de reculons, et le moins souvent possible.

Argument 2. Passé la semaine donc à résister à une fatigue pesante comme un paquebot géant dans les rues de New-York après la pluie et à mon envie de ne rien faire d'autre que d'aller manger des sushis au coin de la rue Bernard avant d'être à cinq heures de route d'eux-autres, en lutte totale contre mon dégoûtant manque de motivation à classer les vieux bouts de ficelle, élastiques, outils, vis et clous, les poignées de porte en cuivre en verre et en porcelaine que je ramasse ici et là depuis des milliards d'années [mon vice caché], les tringles à rideaux, petits tapis, les fils et prises de tout acabit, les vieilles imprimantes cassées et les lampes de bureau que je n'ai jamais osé jeter des fois que ça pourrait encore servir, je me suis même entêtée par moments au futile exercice de démêler les fusibles et les ampoules électriques brûlés des encore bons peut-être et comment savoir si on ne les a pas revissés en place les uns après les autres - une boîte pleine -, ensuite j'ai décroché les petites cordes à linge, jeté les épingles à linge éparses en plastique cheap et multicolores mais cassées qui jonchaient le sol, j'ai même trouvé un vieux petit chandail en vrai laine du Pérou tricoté à la main par du pauvre monde tout mangé par les mites ce qui donnait un curieux amas de poudre vieux rose et violacée au fond du panier et j'en connais un qui l'aurait sniffée, pour l'inspiration. Mais au fond, je crois avoir touché en cela à de la poésie pure ce qui m'a donné des idées pour trois ou quatre chapitres de mon prochain roman feuilleton.

Argument 4. Mais trêve de divertissements matutinaux. Je suis loin d'avoir fini le rangement du coqueron. Levée depuis quatre heures et quelques, il est 7 heures huit. Faut que j'aille, j'ai pas encore donné à manger aux lutins.

Argument 5. C'est comme je vous le dis, et la page 129 restera dans les mémoires et fera la joie des exégètes, préfigurant sans aucun doute [aucun] le délire annonciateur du grand dérangeménagegement. Lundi en huit. Also spratchait Zarakhouchtoila [on line].