120. la Pénultième est morte

Montréal bat des records de chaleur et de smog. De mon côté, je dépasse mon propre seuil de tolérance à l'insécurité sous toutes ses formes. Au lieu de remplir des boîtes - que je n'ai toujours pas d'ailleurs, et préparer le déménagement, je ne fais strictement rien. Je n'écris pas non plus. J'angoisse. Heureusement il y a ce virus et le mal de gorge, je peux rester au lit à boire des tisanes sucrées au miel, pas beaucoup de fièvre mais j'entends des petits gargouillis du côté des bronches. Lady A. somatise. J'essaie de lire, mais je n'arrive pas à me concentrer. Seul Mallarmé se laisse lire un peu et ça m'aide à diluer les insécurités et pensées irrationnelles. J'ai peur de quoi, sinon peur de manquer de sous, de ne plus pouvoir écrire quand je serai toute seule au fond de mon rang à la campagne, peur de m'ennuyer de la ville, peur que jamais personne vienne me voir, peur des loups, de tomber malade, de déprimer, peur d'avoir peur. Les quatre petits chats grandissent bien, ils sont maintenant capables de se tenir assis et leurs yeux sont ouverts. Je ne les prends pas en photo parce que le flash pourrait leur abimer les yeux, ils sont si petits. Le noir est sorti deux fois du panier, la dernière fois c'était en pleine nuit cette nuit vers 3h30 du matin et il miaulait comme un perdu. Je me suis levée pour le remettre dans le panier [Lubie avait l'air de s'en ficher royalement et elle l'ignorait, les trois autres criaient]. Enfin je suis sortie cet après-midi en sandales et robe légère poster des lettres. Avec l'été qui traîne en longueur les rayons du soleil paraissent encore plus pesants et cuivrés. Et Mallarmé : [ Je sortis de mon appartement avec la sensation propre d'une aile glissant sur les cordres d'un instrument, traînante et légère, qui remplaça une voix prononçant les mots sur un ton descendant : « La Pénultième est morte », ...] . Tant qu'on a pas lu « La Pénultième est morte », on a rien lu.