115. passiflora forever

Une troisième fleur ce matin. Quel parfum prenant. Ma voisine repeint sa galerie, et je lui raconte les petits chats de Lubie, la chatte qui a accouché une deuxième fois cette année ; c'était le 11 septembre 2005 en pleine nuit, entre minuit et quatre heures du matin, elle a eu quatre beaux petits minous. Depuis hier, ils ouvrent des yeux surpris et un peu ahuris sur le monde : comme je les comprends, ils sont au fond du panier à linge [que j'ai vidé pour l'occasion] dans une armoire ancienne qui sent le vieux bois le citron et les vêtements qu'on ne veut plus porter, et ils ne voient jamais que moi, qui passe de temps en temps, pas souvent pour ne pas déranger la nichée et le chatmaternage. Quoi qu'il en soit L. déménagera bientôt elle aussi, et je le confesse bien humblement, écrire un portrait littéraire de monsieur c. si minimaliste soit-il ne sera pas de tout repos ; et j'en arrache avec lui et ses longues mains fines, et ses allures de dandy des siècles poussiéreux du passé, au temps où les hommes avaient tous de chevaux, et qu'ils jetaient leurs gants pour défendre leur honneur ou celui d'une femme aimée pour ensuite piquer l'adversaire ou se faire trouer le ventre au petit matin avec le choix des armes ou je ne sais quoi dans la brume de l'aube et un des deux finissait avec un petit trou avec du sang je ne sais pas s'il y en avait beaucoup en plein milieu de la jolie veste du complet bleu foncé fraîchement pressé probablement du côté du coeur, sans compter les odeurs propres de lavande ou d'héliotrope ou quelque autre parfum totalement envoûtant que dégage monsieur c. vous avouerez que faire un portrait comme celui-là demande délicatesse et temps et inspiration et patience et application bref tout ce que je ne rencontre pas facilement ces jours-ci à cause des questions pratiques auxquelles je dois faire face et ce n'est pas une journée simple j'ai reçu le rapport d'inspection de la maison à la campagne et j'y ai lu des explications et des images et des tableaux et des mots comme les rives du toit les calfeutrages les blocs parapluie les solins et contre-solins, les fondations, cuve à mazout, larmiers, conduits de ventilation et d'aération, les poutres, les vides sanitaires, les dalles de béton, les prises et les gouttières les joints de mortier et à ce propos l'inspecteur écrit : « les joints les mieux faits finissent par se détériorer s'ils sont soumis aux intempéries. Des joints en mauvais état permettront à l'eau de s'infiltrer dans un mur où le gel aura des conséquences néfastes. Inspectez vos murs exrérieurs à l'automne et effectuez les réparations qui s'imposent. On appelle rejointement la technique qui consiste à refaire les joints de mortier. Si vous le faites vous-même, enlevez le vieux mortier à l'aide d'un petit maillet et d'un ciseau. Remplissez le joint de mortier à l'aide d'une truelle langue-de-chat et finissez-le au fer à joint. » N'est-ce pas tout à fait poétique. J'ai découvert également toutes sortes d'autres informations dans ce rapport, incontournables et indispensables pour prendre soin d'une maison à l'achitecture de type vernaculaire — et même le nom de l'architecte qui en fut autrefois le concepteur.