111. passiflore et autres passions

sureau_18.09.2005

Le petit arbuste déniché au marché Jean-Talon, ce printemps, je n'étais pas certaine si c'était un kiwi ou un sureau. Il a fleuri cette semaine. Pas de doute, ce sont des fleurs de sureau — rouge, noir ou blanc [la question restera sans réponse tant que je n'aurai pas vu les fruits]. Et la belle passiflore a fleuri elle aussi. J'ai trouvé les deux premières fleurs ce matin, grimpées sur le mur de pierres grises sur le devant de la maison. Si je sais depuis quand elles sont là [aucune idée], si je suis contente [plutôt, oui]. Je commence à me préparer à quitter la ville et à planifier le déménagement, même si les derniers papiers définitifs ne sont pas encore signés ni d'un côté ni de l'autre. J'essaie de rester calme et patiente parce que si je m'énerve, je vais envoyer ça valdinguer aux calendes grecques tout ce que j'essaie péniblement de construire afin de pouvoir une fois pour toutes vivre simplement et en paix, et quand l'angoisse me ronge trop, je me plonge dans des lectures qui ont ce pouvoir extraordinaire d'extraire le lecteur de sa réalité extérieure. J'avoue me sentir un peu pas mal désemparée avec le deuil à faire d'une maison que j'aimais et que je suis en train de vendre, et de cette ville aussi et de ma très chère rue Hutchison, je déteste négocier mais il le faut puisque là-bas j'ai finalement accepté de payer plus que ce que je voulais au départ [lire : pouvais] et que ici, je sens bien que je serai obligée de laisser aller cette maison à beaucoup moins que ce que je voulais [et encore une fois pouvais] en tirer. Tout ça parce que je veux faire les démarches toute seule, sans conseils ni soutien avec ma seule tête pleine de rêves et de projets comme conseillère, meilleure façon de me faire avoir. Maudite argent je te hais. Je me vois déjà habiter cette ancienne maison de ferme pour laquelle j'ai fait le grand plongeon, quelque part sur le chemin au sud du fleuve, assez loin pour que l'eau y soit salée, nichée à flanc de montagne, et je ne sais pas si elle avait un nom avant et donc je me l'autobaptiserai par devers moi un de ces jours. Le but étant de pouvoir rester là et occuper le plus clair de mon temps à l'écriture, ayant constaté une fois de plus que travailler avec des personnes malades et qui meurent tout le temps ne me fait pas de bien.

Les livres de la semaine furent et traînent encore partout : 1) La Intrusa y otros cuentos ou L'Intruse et autres nouvelles, de Jorge Luis Borges, pour ne jamais oublier comment lire en espagnol et pour savourer le plaisir de lire cet écrivain, que je vénère, dans sa langue d'origne ; 2) Cioran, Le Crépuscule des pensées, qui réfléchit au fait qu'« un certain art de penser ne devrait plus servir, désormais, qu'à ne plus penser. Et donc, inévitablement, en venir au Crépuscule des pensées. » ; 3) un roman de Susan Sontag, L'amant du volcan, et 4) encore Borges dans Entretiens sur la poésie et la littérature.

passiflores sur le mur gris_18.09.2005

La passiflore, comme toutes les fleurs, a plusieurs noms ; en latin, c'est Passiflora incarnata, de la famille des passifloracées. Ses noms communs : fleur de la passion, grenadille. On dit que ce sont les missionnaires [Jésuites] qui l'ont découverte dans les régions tropicales de l'Amérique, au 15ème siècle, et qui y ont vu les symboles de la Passion du Christ : la corolle est la couronne d'épines, les trois styles du pistil sont les clous, les étamines le marteau, alors que les feuilles pointues représentent la lance, et les vrilles le fouet. Que d'imagination. C'est une belle liane utlisée depuis fort longtemps par les Aztèques pour ses propriétés sédatives. Son fruit que je n'ai pas encore vu serait rouge orangé et ovoïde, gros comme une petite pomme, il contient une pulpe jaune et des graines noires. Source : au Jardin.Info. On dit aussi que « certaines [passiflores] peuvent résister à des températures se rapprochant de 0°C pourvu qu'elles soient protégées des vents froids », et que « l'idéal étant si vous n'habitez une région au climat doux, de l'installer en bac dans une serre ou une véranda. » Grand merci pour ce précieux conseil. J'espère avoir le temps — si j'arrive à m'installer à la campagne avant les jours trop froids, de me bricoler une petit jardin d'hiver en installant des fenêtres à une annexe de la cuisine qui servait de chambre froide en hiver. Je garde pour demain mes quelques notes sur le sureau [Sambucus canadensis], la vie [selon qui déjà ?], l'univers et tout le reste [dixit je sais plus qui].