83. pourquoi écrire un journal en ligne [4]

Question : Vous écrivez « Un travail d'écriture sans histoire et sans qualité », que voulez-vous dire ?

Réponse : Ajoutez « pour les autres » à la fin de cette phrase, pour dire sous estimé, sous évalué. Une précision que je croyais implicite, considérant ce que j'avais déjà mentionné avant. Le fait que la pratique du journal soit considérée comme du travail d'amateur [même pour ceux qui le font], et le jugement est plus dur pour l'auteur du journal en ligne qui serait le lot des écrivains ratés, bref, tout ce qui se dit et s'écrit sur la question. Le journal est toujours considéré comme un « sous-genre » sur le plan littéraire, ou même un non genre, quelque chose de suspect et de gênant. Parent pauvre ou case manquante au grand échiquier ?

Question : Ne prenez-vous pas néanmoins « l'écriture très au sérieux », pour reprendre une de vos expressions. Ne le considérez-vous pas comme un travail littéraire à part entière ?

Réponse : Bien évidemment. L'écriture du journal EST un travail littéraire et je le considère comme tel. Cela ne m'empêche pas d'être lucide et consciente de la réalité extérieure. Et cette forme d'exclusion ne m'empêche pas non plus d'écrire ce que j'ai envie et sous la forme qui me plaît, même si cette forme [genre] n'est pas bénie des dieux de l'édition et de la critique.

Question : « Rester dans l'indéfini », « explorer », dites-vous mais aussi « construire une oeuvre » : un laboratoire d'écriture, un lieu d'expérimentation peut-il faire oeuvre ?

Réponse : Cent fois, mille fois oui. J'avais omis d'ajouter l'inachevé qui est l'essentiel de cette « oeuvre », cela dit de la façon la plus prétentieuse possible. Un travail de création littéraire [pour un tel journal, et peut-être pour toute création] sans un minimum de recherche et d'expérimentation, sans la dimension ouverte et encore une fois indéfinie parce que inachevée, je n'y crois pas, cela n'existe pas. L'oeuvre se construit par l'expérimentation, elle en est le résultat et le témoin, et le contenu pousse comme une fleur sauvage ou une grosse pomme qui se donnera à voir dans un miroir cassé. Je sens que je devrai peut-être reformuler ce passage, mais pour l'instant, c'est ainsi que je le perçois. Ce n'est pas facile à expliquer tout ça, vous savez, pas facile du tout. J'essaie. Je peux me tromper.

Question : Au sujet du roman : comment l'aviez vous écrit ? de manière traditionnelle ? On line ? A-t-il été publié ? En écrivez-vous un autre ?

Réponse : Existe-t-il une manière traditionnelle d'écrire un roman ? Non. Il y en a des milliers, autant de manières d'écrire un roman qu'il y a de romans et d'écrivains qui essaient d'en écrire. J'en ai terminé deux, toujours à l'état de manuscrits papier. Le deuxième a été réécrit quatre fois et il a deux titres. Toute une histoire qu'il serait trop long de raconter. Je m'accorde et réclame pudeur et respect pour ces échecs que je considère comme un long apprentissage. Ils n'ont pas été écrits en ligne, mais ils sont en quelque sorte nés de l'expérience du journal en ligne. Dans le premier il y a un journal au milieu, une trentaine de pages sorties du volume 1. Le deuxième roman a été totalement contaminé par les volumes 2 et 3. Jamais plus. J'en ai un nouveau en chantier, qui n'a rien à voir avec tout ça. J'ai érigé une cloison étanche entre le journal et le roman pour éviter la contamination. Et je m'efforce de ne plus déposer dans le journal des choses qui concernent l'écriture du roman. J'aime écrire le journal sur Internet mais ce n'est plus une écriture-témoin du roman qui s'écrit comme je l'ai fait pour Épiphanie, et je veux AUSSI écrire des livres en papier. Je sais qu'un jour mes livres seront publiés, question de timing, de mûrissement. Et ce journal, c'est autre chose et je suis loin de tout savoir à son sujet. Serais-je trop ambitieuse de vouloir continuer à mener les deux entreprises de front ? J'espère que non.

Question : Sur vous-même : je ne veux commettre aucune indiscrétion, mais juste pouvoir vous situer : âge, études, profession, où habitez-vous ?

Réponse : Mais vous n'êtes pas indiscrète avec vos questions, seules mes réponses pourraient l'être. Âge : il y a vingt minutes j'étais une surdouée de vingt-cinq ans, et à cette minute précise, j'ai exactement le même âge que le nombre de mes amants [seulement les bons]. Études : un premier bac ès sciences [ergothérapie], un deuxième ès arts en études littéraires, suivi d'une maîtrise [ès arts en études littéraires]. Profession : devinez. Où j'habite : Montréal, au Québec, sur le doux flanc nord est du mont Royal.

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Déjà fini de répondre aux questions de ma journaliste, juste au moment où je commençais à m'amuser avec les réponses, sinon à y prendre goût. Je lui ai écrit hier ou avant hier pour lui donner les liens vers les pages précédentes sur le sujet. Il y aura peut-être d'autres questions. Pour ce soir, l'histoire se termine avec une grosse pluie d'été.

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Révision du 17 mars 2016 : La journaliste en question ne m'a plus jamais donné de nouvelles par la suite. Mais en était-ce bien une ? Peut-être juste une arnaqueuse, une trolleuse qui traîne sur le web pour emmerder les gens. Et moi j'ai mordu à l'hameçon ? C'est vache ce qu'elle m'a fait [tant travailler pour rien].

Qu'elle se fasse attraper ailleurs et par d'autres que moi, me suis-je dit quand je me suis rendu compte qu'elle m'avait bullshittée avec son prétendu reportage. Next !