69. sixty-nine

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Pas grand chose de neuf sur la terre, pour un jeudi soir. Il n'y a jamais que ce qui a bougé - même imperceptiblement. Et ce qui s'est entrechoqué, parfois cassé.

Autant cultiver un grand grand jardin avec des patates, du maïs, des tomates et du chanvre indien. Derrière les fenêtres et de l'autre côté du fleuve, des dunes de sable blond et peut-être de la terre noire. Peut-être. Des sources d'eau bouillante et des chemisiers en soie pure. Des vestes en laine d'Écosse tricotées par ma défunte mère pour les nuits fraîches.

J'arrivais seule avec pour tout bagage ce que je portais sur moi. Et ma nudité. Et de la dentelle au bas de mes jupons. On buvait beaucoup trop d'alcool. Je craignais les o jumeaux dans les mots. C'était comme tricher pour en mettre trop, ou bluffer.

Des fois je me sentais perçée, trouée par le bleu du jour. Et trop de mots. Jongler avec des chimères et de fines proies pour manger fumé, très salé, l'omble de l'Arctique et les angulas à l'ail. Ça m'épuisait

Des fois, j'inventais des faux poissons, des lombrieca xxivii mutants avec de longues queues et ça vous faisait rire. 

Et puis une fois elle en a eu assez de poster des notes avec le vieux fax vert pâle, et de dormir sous l'édredon blanc brodé avec des fleurs rouges qui ne sentait plus vous. Elle en est restée là, muette, avec ses offrandes muguet. Elle écrirait la lettre un autre jour.

Une fois, j'ai.