62. loin

P5020081.jpg

Je n'afficherai plus cette image. Aujourd'hui c'est la dernière fois. Dommage. Ma corneille ne vient plus depuis deux jours. Je sais qu'elle est partie loin. Mais je n'en suis pas triste pour autant.

Je l'imagine heureuse à voler dans les interminables courants d'air, à lisser ses plumes et ouvrir son bec pour se laver et boire sous la pluie, à glisser sur les arc-en-ciel géants, à survoler les gros nuages gazeux et floconneux dans les tourbillons d'air glacé, et puis à se poser saoûle d'espaces infinis, à pondre ses oeufs dans un nid de feuilles et de branches sèches, bien à l'abri, loin des foules et des troupeaux d'animaux. Ou loin des troupeaux humains, c'est pareil.

J'ai relu Le Tunnel, de Sabato. Souligné ce passage parce que cela reflète à peu près ce que je pense :

Je dirai avant tout que je déteste les groupes, les sectes, les confréries, les corporations et, en général, tous ces troupeaux qui se réunissent pour raisons de métier, de goûts ou de manies de ce genre. Ces conglomérats ont quantité d'attributs grotesques : la répétition du type, le jargon, la vanité de se croire supérieur aux autres.

Si je dis « à peu près » et non « exactement » ce que je pense de la déclaration de Sabato, c'est que je ne déteste pas les regroupements de métier ou d'intérêt. Je ne les déteste pas, ils ont le droit d'exister, de se rassembler et de s'entre-congratuler, de s'entre-baiser, de s'entre-cocufier, et de se croire supérieurs aux autres. Ils m'ennuient profondément, c'est tout. Et je pense que c'est pire que de les détester. Ils m'ennuient parce qu'il n'y a généralement qu'un leader très bête, mais qui a l'air sûr de lui, et quantité de suiveux du même type et tout ce beau monde s'observe pour se copier ou se dénigrer et ils finissent tous par raconter la même chose dans le même jargon, à quelques variantes près. Et ça, c'est ennuyeux. D'un ennui mortel.