58. extrait de « la corneille » et autres quotidiens délires

corneille ma noire

Chaque soir, une belle grosse corneille noire vient se percher dans les branches de mon vieil érable, et hier j'ai eu de la chance. J'ai réussi à l'approcher d'assez près et j'ai pu apprécier sa grande beauté sans l'effrayer. Et de son oeil bleu, elle me regardait.

Elle est revenue ce soir, elle est là pendant que j'écris. Les femelles oiseaux peuvent-elles être enceintes ? Je sais. Elles pondent, mais avant de laisser aller les oeufs dans le nid, peut-être deviennent-elles toutes rondes et dodues comme la corneille de mon arbre, ma noire. Et si grosse pour un oiseau, au moins comme une grosse poule.

Et je suis contente d'avoir réussi à saisir la fragilité des petits bourgeons de l'érable. Et le gris vert des branches fraîches et les bouts de tronc noircis par l'âge entrelacés comme spectateurs amoureux devant le bleu de ce coin de ciel dans lequel je me rêve réciproque et secrète. Immémoriale.

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Corneille, ma noire
parmi l'avril friselis

Avec l'alcool des chaleurs nouvelles
la peau s'écarquille et tu me rends
bric-à-brac sur mon aire sauvage et fou braque
dans tous les coins et recoins de moi-même
j'ai mille animaux et plantes par la tête
et cependant que tes larges battements
m'agitent en frondaisons de désirs
mon sang dans l'air remue comme une baleine

Corneille, ma noire
jusqu'en ma moelle

[ceci est le coeur tendre et palpitant d'un poème de Gaston Miron – à lire à voix haute]

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Une amie m'a un jour confié que son grand-père Tremblay [au Lac-Saint-Jean, comme il se doit] avait apprivoisé une corneille. L'oiseau avait vécu des années dans le garage et un jour le grand-père lui avait tout raconté. Il l'avait amenée dans le garage pour lui indiquer l'endroit, et l'oiseau était là.

Il lui avait raconté comment la corneille était venue, blessée, et comment elle s'était cachée et fait son nid dans un authentique tabernacle, qu'il avait ramassé dans les décombres d'une église incendiée quelque part. La corneille partait, et elle revenait toujours nicher dans ce tabernacle.

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Biblio la suite... un autre jour. Et si on ne clique pas sur l'image, on ne verra jamais l'oeil vif et bleu de ma corneille, la noire.