50. mémoires d'un oiseau triste

J'ai fait des rêves brisés toute la nuit. Ou plutôt une succession de rêves comme des tableaux qui faisaient tous partie d'une seule et même histoire qui pourrait avoir pour titre celui de cette page.

Et toujours dans ce rêve construit à la manière d'un roman fleuve surréaliste, les personnages étaient des êtres que j'aime beaucoup, qui ont marqué et influencent encore ma vie chacun à sa manière. Un homme au début du rêve, ex-ami/amant, rencontré par hasard, m'a tout de suite fait l'amour, et c'était divinement intense et il s'est arrêté net parce que jouissais trop et j'ai ri parce que selon lui, ce n'était pas possible ni crédible qu'il me fasse cet effet-là et il m'a dit ce n'est pas normal, je n'y crois pas, et tu dois faire semblant, et je ne riais plus quand il a parlé d'indécence ou de pudeur, comme quoi on devient trop vulnérable quand il s'agit d'exprimer à l'autre quelque chose d'aussi intime que le plaisir, et qu'il fallait me protéger de ça. Et donc il avait choisi de me faire souffrir parce qu'il ne supportait pas. Dingue, ce rêve. Et le reste est encore pire. Si j'ai choisi de raconter cette scène c'est parce que c'est la seule où j'avais une manière de « rôle » à jouer. Dans les autres épisodes, j'étais présente seulement comme observateur, un peu comme si je feuilletais les pages d'un livre et que je voyais l'histoire se jouer dans ma tête et à l'extérieur en même temps. Bref, dans plusieurs dimensions.

C'est ce qui fait que je me suis levée à six heures du matin. La peinture est enfin sèche et les meubles ont repris leur place dans le salon. J'ai solidement vissé les grandes étagères en pin sur le mur. Ré-assemblé et replacé la table au centre de la pièce pour y installer le portable dans un coin afin de rester proche du courrier qui arrive, y répondre à mesure [et si possible, ne plus jamais laisser mes emails s'accumuler au point qu'ils deviennent des montagnes infranchissables], et écrire tout à l'heure une petite page de journal quand je ferai la pause avec les livres empilés tout autour.

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J'ai commencé ce matin à replacer les livres dans la bibliothèque en interrompant l'entrée des données, et décidé de garder ce travail-là de fourmi pour les jours de pluie. J'ai trop envie de remettre les livres sur les tablettes et récupérer l'espace dans mon bureau.

La méthode de travail, je la crée à mesure. J'apporte une pile de livre et je fais le tri : le nom des auteurs en ordre alphabétique : Aquin, Aragon, Artaud, Auster. Je mélange romans avec poésie, de tous pays. Je tombe sur les contes de Perreault, ok, avec les P. Tiens, Agrippa D'Aubigné, je le mets avec les D ou avec les A ? Quelle question.

Mon Agrippa se retrouvera avec les autres A, auteurs de nouvelle, théâtre, poésie, roman, conte, journal, et récit ; incluant la sf, incluant les livres en anglais et en espagnol, de A jusqu'à Z. Les seuls « genres » que j'ai classés à part, pour le moment, sont la philosophie et l'histoire, la théorie littéraire, et les bouquins sur les plantes et les oiseaux, les sciences, la psychanalyse, les dictionnaires, les biographies, les atlas, l'histoire de l'art, et les beaux livres d'art. Et certains inclassables comme Les Mille et une Nuits, Le Roman de Renart, ou Tristan et Iseult, qui n'ont pas d'auteur connu. Si je les mettais sur ma table de chevet, peut-être que je pourrais continuer à faire des rêves téléromans en cinémascope et en couleur comme celui de cette nuit.

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Toujours mardi après-midi, à 15 heures 57 : Placé, dépoussiéré, et rangé en y jetant un coin d'oeil rêveur, les derniers livres dont le nom de l'auteur commence par un Z. Crevée. Ni plus ni moins.

Pour me reposer, je me suis préparé une salade d'endives avec des lentilles, et j'ai allumé la télé pour y apprendre que la fumée blanche a fini par s'échapper de Rome, et que les divines cloches ont sonné. Et que donc les catholiques ont un nouveau papa.

Ce qui signifie que les nom, prénom, pseudo [?], et pedigree du nouveau pape, [de même que la substantifique moelle de ses ex-écrits que personne ne connaissait à ce jour sauf les têtes tonsurées coiffées et autres théologiens] furent annoncés, déchiquetés, et commentés pendant que je bibliobatipholais furieusement. J'écoute les propos étranges de quelques illustres inconnus et toutes les têtes bougent dans le même sens sans aucun recul ni distance critique. Me demande ce qu'ils ont tous à pérorer, caqueter, et ronchonner comme des corbeaux noirs mortifères obligés de réagir sur le tas et sans discernement aucun. Quelle triste comédie que de rattacher l'icône de ce pape allemand à l'intégrisme si ce n'est au nazisme. Ça lève le coeur.

Quoi qu'il en soit, l'honorable saint père pontifié ne compte-t-il pas déjà plus de septante dix-huit honorables et honorifiques balais à son inventaire ? Un peu d'honneur, de dignité, et de respect, quedieu[diable]. Les mêmes petits rapaces médiatiques d'aujourd'hui seraient bien capables d'être les premiers à rendre les derniers hommages à feu Benoît le seizième dans des reportages niaiseux, biaisés, pompeux, lirants et délirants, dithyrambiques et soporifiques à souhait, tout à fait propre à endormir les foules, comme ce qu'ils nous ont servi avec le précédent, et qu'ils nous réchaufferont quand le bonhomme aura trépassé dans deux ou trois ans, si ce n'est à Pâques ou la Trinité. Oh oh oh, et une bouteille de rhum.

Cela dit, trêve de mondaines trivialités, j'ai du travail. Et afin de vérifier mon classement bibliographique, j'ai opté pour la voie la moins facile et la plus humble, celle de commander des mets chinois pour souper et de manger par terre avec des baguettes un repas numéro trois pour un tout en recopiant la liste des auteurs et des titres telle qu'elle se trouve sur mes tablettes. Un peu mal au dos. Et les mains pleines de magnifiques poussières, je suis néanmoins réveillée devant les faits divers et autres tragi-comédies politiques qui font la une. Même si je passe ma vie à rêver. Disons que ce commentaire m'aura simplement échappé. Sinon réchappée. Une fois n'est pas coutume, bref n'est-il-pas et par ailleurs nonobstant ce qui en découle et mais puisque hors de tout doute par conséquent et quoi qu'il en soit n'ai-je pas déja dit, et cela dit en plus que j'ai du travail ?

Ici en bas, la liste des livres rangés dans ma bibliothèque sous la rubrique romans, poésie, nouvelles, histoires, contes, et récits :

  • Allen, Woody. Destins tordus
  • Andersen, Hans Christian. Contes
  • Andrea, Yann. Cet amour-là
  • Antelme, Robert. L'espèce humaine
  • Anouilh, Jean. Antigone
  • Apollinaire, Guillaume. Les exploits d'un jeune don Juan
  • Aquin, Emmanuel. Icare
  • Aquin, Hubert. Prochain épisode
  • Aquin, Hubert. L'antiphonaire
  • Aragon, Louis. Le paysan de Paris
  • Artaud, Antonin. L'Ombilic des Limbes, suivi de Le Pèse-nerfs et autres textes
  • Aubigné, Agrippa d'. Les Tragiques
  • Auster, Paul. Le diable par la queue, suivi de Pourquoi écrire ?
  • Auster, Paul. Le carnet rouge. L'art de la faim
  • Auster, Paul. Le voyage d'Anna Blume
  • Auster, Paul. L'invention de la solitude
  • Auster, Paul. Moon Palace
  • Auster, Paul. Léviathan
  • Auster, Paul. Tombouctou
  • Auster, Paul. Mr Vertigo
  • Auster, Paul. Trilogie new-yorkaise
  • Balzac, Honoré de. Une fille d'Ève, suivi de La muse du département
  • Balzac, Honoré de. Les paysans
  • Barnard, Julienne. Mémoires Chapais, tomes I et II
  • Barthes, Roland. Fragments d'un discours amoureux
  • Barthes, Roland. Le bruissement de la langue
  • Barthes, Roland. Le plaisir du texte
  • Barthes, Roland. Leçon
  • Barthes, Roland. L'empire des signes
  • Roland Barthes, par Roland Barthes
  • Bataille, Georges. Madame Edwarda
  • Bataille, Georges. La littérature et le mal
  • Bataille, Georges. La mort
  • Bataille, Georges. Histoire de l'oeil
  • Bataille, Georges. Le bleu du ciel
  • Bataille Georges. L'expérience intérieure
  • Baudelaire, Charles. Les fleurs du mal
  • Baudelaire, Charles. Oeuvres complètes
  • Baudelaire, Charles. Le spleen de Paris
  • Beaugrand, Honoré. La chasse-galerie
  • Beaulieu, Victor-Lévy. Monsieur Melville
  • Beaulieu, Victor-Lévy. Docteur Ferron
  • Beaulieu, Victor-Lévy. Le carnet de l'écrivain Faust
  • Beaulieu, Victor-Lévy. Monsieur de Voltaire
  • Beauvoir, Simone de. Le deuxieme sexe 1 et 2
  • Beauvoir, Simone de. La vieillesse 1 et 2
  • Beckett, Samuel. Molloy
  • Berberova, Nina. Chroniques de Billancourt
  • Bernhard, Thomas. Le naufragé
  • Bernier, Jovette. La chair décevante
  • Bigras, Julien. L'enfant dans le grenier
  • Bigras, Julien. Ma vie, ma folie
  • Bigras, Julien. Kati, of course
  • Bigras, Julien. Le désarroi
  • Bissoondath, Neil. L'innoncence de l'âge
  • Blais, Marie-Claire. Une saison dans la vie d'Emmanuel
  • Blais, Marie-Claire. Vivre ! Vivre !
  • Blanchot, Maurice. L'espace littéraire
  • Blanchot, Maurice. Le livre à venir
  • Boccace. Décaméron
  • Bodard, Lucien. La chasse à l'ours
  • Boileau-Narcejac. Les diaboliques. Les louves. Le mauvais oeil
  • Boileau-Narcejac. Les magiciennes
  • Bonaparte Marie, par Jean-Pierre Bourgeron
  • Bona, Dominique. Berthe Morisot
  • Borgès, Jorge Luis. Fictions
  • Borgès, Jorge Luis. Le rapport de Brodie
  • Borgès, Jorge Luis. Le livre de sable
  • Borgès, par C. Rodriguez Monegal
  • Boukovsky, Vladimir. Cette lancinante douleur de la liberté
  • Bourgault, Pierre. Écrits polémiques 1960-1981
  • Bourin, Jeanne. La Dame de beauté
  • Bouvier, Laure. Une histoire de métisses
  • Breton, André. Nadja
  • Breton, André. Manifeste du surréalisme
  • Broch, Hermann. La mort de Virgile
  • Brögger, Suzanne. et délivrez-nous de l'amour...
  • Brossard, Nicole. L'amèr
  • Bukowski, Charles. Journal dun vieux dégueulasse

Et à très bientôt pour le reste des B...

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Note : Le dimanche 24 avril, j'ai intégré les essais et les rares mais néanmoins fort intéressantes biographies à ce classement.