44. nez à nez avec une icône

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Je suis morte. Absolument morte de fatigue. Mal partout, mais c'est fait. J'ai enfin fini de vider le bas de la bibliothèque, et de toute la pièce. Mis à la récupération quatre gros sacs de paperasses diverses conservées ou ramassées par inadvertance, sinon avec l'idée saugrenue d'en faire quelque chose sans jamais y revenir. Transporté différents objets, bibelots, cd, coquillages, coussins, vieil écran d'ordi, souris et claviers finis pleins de vin de miettes de pain et de café, plumes, lampes, et trognons de bougies. Lavé les tablettes et gratté les plaques de cire [parafine, stéarine ?] un peu partout. Dit adieu à quelques meubles encombrants et autres ; décroché les cadres, photos et tableaux. Mal aux épaules et aux poignets comme si de fines cordelettes les serraient à mort. Et tout le temps que je travaillais, je me retrouvais invariablement nez à nez avec Dostoïevski.

C'est ainsi que j'ai pris cette photo de l'icône jaunie et insignifiante pour quiconque sauf moi : une vieille coupure du journal La Presse, datée du 24 janvier 1999, et collée sur le mur de mon bureau depuis ce jour-là. Signée Jacques Folch-Ribas, rien de spécial : un article des plus ordinaires, comme plusieurs autres, au sujet d'une biographie que je n'ai pas lue et ne lirai pas pour mille et une raisons futiles et inutiles. Mais une image, insoutenable. Et ce regard.