37. la fracture

Je me sens étrangement comme quelqu'un qui a tout perdu et pourtant il ne me manque rien, je suis toujours là, la même personne entière, celle qui a la foi en ses idées, sentiments et visions passées et futures et qui les protège et défend. Des « choses » qui ne sont pas politiques et qui n'ont pas de parti pris sauf celui du respect du monde végétal, minéral, humain, animal, et de la justice sociale. Le même droit pour tous et chacun. Le respect surtout pour les gens qui ont fabriqué ce monde dans lequel j'ai eu la chance de naître et de grandir. J'essaie juste de continuer à y habiter, sans trop me faire écorcher par les ronces ambiantes qui prolifèrent plus vite que le chèvrefeuille.

Je ne crois ni en Dieu ni en Diable. Ni au ciel ni à l'enfer. Les limbes, bof, peut-être. Quelques superstitions et c'est pour rire, sans plus. Alors quelqu'un qui lit ce que j'écris depuis longtemps et qui dit en plus admirer mes textes sans n'y rien comprendre pourra-t-il jamais s'imaginer qu'il réussira à me convaincre qu'il n'a pas remplacé le Dieu, ses images, et ses dogmes et autres pompes, par son ordinateur [incluant ses dogmes, images, etc] avec toute la formidable sensation de puissance, de liberté, d'ubuquité, et d'invincibilité que cela lui procure ?

Contempler le crucifix ou l'écran, c'est pareil. Y engager tous ses espoirs, ses valeurs, et même son mode de vie, procèdent de la même fascination devant le vide. Et le désespoir d'y trouver un sens.